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quatrième
(et dernière) partie : l'état du cinéma français FaN : Vous avez évoqué tout à l'heure l'Avance sur Recettes. Comment avez-vous monté le financement de vos films ? Que pensez vous du système de l'Avance sur Recettes, quand même assez controversé ? SLP : L'Avance sur Recettes, c'est aujourd'hui
le pivot et si jamais elle disparaît, le cinéma français
disparaît, à mon avis. FaN : Certains se la font pourtant refuser systématiquement. SLP : Ca dépend aussi des commissions,
mais tout le monde a des phases où il se voit refuser ou pas l
'Avance sur Recettes. Quand Christian Bourgois préside la commission,
ce n'est pas la même chose que quand c'est Frédéric
Mitterand, Isabelle Adjani, ou Isabelle Huppert. Il y a des mouvements,
des tendances, mais il n'empêche que c'est un mécanisme absolument
fondamental, il suffit de regarder les films, qu'ils marchent ou pas,
qui existent par l'Avance sur Recettes. FaN : Mais Astérix a eu une subvention. SLP : Pas l'Avance sur Recettes, mais il
a eu une subvention d'aide pour les effets techniques. Parce qu'il y a
d'autres mécanismes à l'intérieur du CNC qui sont
l'Aide au Développement, l'Aide à l'écriture de Scénario,
l'Aide à l'Innovation Technique pour les effets spéciaux,
l'Aide à la Diffusion, etc. Il y a ainsi tout un arsenal de mesures
qui permettent au cinéma français de résister. Parce
que là où ça n'existe pas, il n'y a plus de cinéma.
Il y a des cinéastes italiens, espagnols, anglais, allemands, mais
plus vraiment de cinéma italien ou de cinéma allemand, au
sens où il y aurait beaucoup de films, donc des bons et des mauvais,
des déchets. FaN : Pensez-vous qu'il y aurait un intérêt à essayer d'homogénéiser le système audiovisuel et cinématographique européen pour essayer de lutter face à la concurrence des Etats-Unis ? SLP : Il ne faut pas que ca devienne complètement
homogène non plus. Il n'y a pas de films européens, on voit
bien que les films pudding avec un acteur allemand, un acteur anglais,
un acteur ou un scénariste français ne sont pas de franches
réussites. FaN : Cette embellie assez récente qui profite aux gros et le changement que l'on anticipe au niveau de Canal +, menacent-ils les films à moyen et petit budget ? SLP : C'est effectivement le risque de la
concentration. 1100 copies pour Astérix, les 5 premiers
du classement qui arrivent à 3800-3900 écrans alors qu'il
y a 5200 écrans en France, c'est l'asphyxie pour tous les autres
! Le problème c'est que cette tendance hégémonique
est d'autant plus acceptée qu'elle permet de faire des entrées
: Astérix, on l'accepte parce que ca contrebalance Harry
Potter. FaN : Vous auriez pu faire Marcorelle sans l'aide de Canal + ? SLP : Non absolument pas. Sans l'Avance et sans Canal, ce film comme plein d'autres, ne se fait pas. Sous le sable, les gros films et les petits, tout le monde est dans le même bain. Canal coproduisait jusqu'à maintenant 70-75 % du cinéma français et ça risque malheureusement de changer. Ils sont tenus jusque en 2004 mais après Mais il faut aussi que les autres s'y mettent, c'est-à-dire que la profession, qui regagne de l'argent avec le cinéma - les salles gagnent beaucoup d'argent en ce moment, investisse dans la production, il faut notamment que les chaînes de télé publiques fassent autre chose que 8 Femmes. FaN : Pour Marcorelle, vous aviez aussi contacté les chaînes publiques. SLP : Oui, mais les chaînes publiques ont quand même un type de film spécifique. France 2 et France 3, c'est quand même plutôt des films avec des castings porteurs, des comédies, même si des films passent à travers les gouttes. Et Arte est limité par le fait qu'ils n'ont pas énormément d'argent. FaN : Cette embellie, elle profite à qui ? SLP : Aux exploitants en premier lieu
: il y a quand même 20 millions de recettes de plus que l'année
précédente. Globalement et à condition de parler
très vite des sujets qui fâchent comme cette concentration,
j'ai encore envie de penser qu'elle profite au cinéma français
en général parce qu'elle montre que le modèle, le
système français, est efficace économiquement. C'est
une leçon et un message important qui est envoyé aux autres
pays. (fin) |