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deuxième
partie : La Critique aujourd'hui Fondu au Noir : Aujourd'hui, les Cahiers du Cinéma continuent-ils à essayer de comprendre les films ? Serge Le Péron : Je crois qu'ils essaient
de perpétuer cette tradition. Le problème vient de ce que
l'origine est maintenant plus lointaine : aujourd'hui la Nouvelle Vague
a vieilli, les cinéastes ont vieilli. Mais ce n'est pas seulement
physique : je trouve que le film de Rohmer, L'Anglaise et le Duc,
est un film de jeune homme ; Bresson avait 84 ans quand il a fait L'Argent
qui était aussi un film de jeune homme. FaN : Et les Cahiers ont du mal à se décoller de ces cinéastes ? SLP : C'est un phénomène commun
à toutes les générations. Dans la mienne, avec Daney,
on a eu un peu de retard sur Fassbinder par exemple. Parce qu'on était
sans doute encore trop proches du Cinema Novo, de la Nouvelle Vague, et
que l'on n'a pas compris tout de suite l'importance de cet allemand qui
débarquait tout d'un coup et faisait des films avec ses copains,
comme une troupe de théâtre. FaN : Quant à l'état global de la critique en France, que pensez-vous de ses querelles internes (Cahiers vs Positif) et de l'influence qu'elle peut avoir sur le public et la profession ? SLP : Il y a eu une époque où
la critique se divisait entre les Cahiers et Positif mais
aujourd'hui, la scission serait plutôt entre un type de critique
promotionnelle (Studio, Première) et une critique
plus cinéphile, dans laquelle on compte à la fois les Cahiers
et Positif, ainsi que les Inrocks, Le Monde
et d'autres. Les querelles internes entre Positif et les Cahiers
sont du coup très secondaires, même si on continue à
alimenter le vieux débat. FaN : Et l'influence de la critique aujourd'hui ? sur le public, le monde professionnel ? SLP : Je ne crois pas qu'elle ait jamais
eu d'influence sur les foules. Mais on ne peut pas le lui demander, parce
que ce n'est pas son objectif, et qu'elle n'en a jamais eu. Même
au temps où Truffaut y écrivait, les Cahiers du Cinéma
n'avaient d'influence que sur les quelques lecteurs qui les lisaient
à l'époque. Et sur les cinéastes, mais même
pas sur les producteurs. Ils étaient des marginaux absolus, c'est
d'ailleurs pour cela qu'ils ont fondé leur propre maison de production.
Mais c'était une avant-garde. FaN : Et sur le monde professionnel ? SLP : En revanche, la critique garde une certaine influence sur le monde professionnel, et c'est à double tranchant. Parce que d'un côté c'est ce qui préserve le cinéma d'auteur de l'omnipotence du marché : on peut respecter un cinéaste en France sans qu'il ne fasse d'entrées, grâce aux revues. Les directeurs de chaînes, les responsables de Canal + et autres les lisent et savent quelles sont les tendances. C'est l'aspect positif. L'aspect négatif, c'est que comme c'est un point de vue un peu figé, pas très dynamique, on n'a pas le sentiment que cela propulse des idées nouvelles. FaN : Est-ce similaire aux Etats-Unis, avec une influence sur la profession ? SLP: La critique américaine est plus liée à l'industrie au sens où elle regarde aussi les films en termes d'efficacité fictionnelle, au sens commercial comme au sens dramatique. Donc les critiques américains ne peuvent vraiment exercer leur talent de critique indépendant que sur les films qui viennent d'ailleurs donc surtout sur les films français, et les quelques films asiatiques. Et là c'est intéressant de voir ce qu'ils pensent d'Amélie Poulain, ils en ont une vision un peu exotique et trouvent ça pas mal, alors qu'ici la critique déteste. Mais vis-à-vis du cinéma américain, sauf quelques grandes signatures, ils sont quand même plus promotionnels que critiques. Alors ils sont évidemment plus liés au public que la critique française. (à
suivre) |