Penser le cinéma, de Suzanne Liandrat-Guigues et Jean-Louis Leutrat
Klincksieck-Etudes

Penser le cinéma : en lisant, en écrivant.

Ce petit livre paraît sous une forme déconcertante, on croirait un manuel de révision du baccalauréat. On s'aperçoit alors qu'il est l'oeuvre de deux professeurs d'université. Avec méfiance on parcourt les 100 questions qui le composent : et qui rappellent de plus en plus nos anciens manuels de philosophie, et les questionnement kantiens de Jean-Luc Godard : Que veut le cinéma ? Que peut-il ?
Avec méthode et rigueur, dans un esprit bien cartésien, en traitant le cinéma comme un objet qu'il s'agit de mettre à plat et d'examiner aux lueurs de la raison, nos deux professeurs décortiquent pour nous cinquante ans de critique et d'écrits théoriques. Ce petit opuscule peu ambitieux dans son objet (il ne s'agit pas d'une énième théorie du cinéma) a le mérite d'être relativement exhaustif quant aux textes brassés et surtout, peu partisan. Faut-il le rappeler la plupart des grands théoriciens du cinéma à quelques notables exceptions près venaient de la critique et n'étaient pas exempts d'un certain esprit de chapelle ? Bien sûr on reste un peu frusté de voir les idées jaillir et être effleurées en quelques lignes puis expédiées par une citation, l'effet dissertation n'étant volontairement pas évité. Cet excellent panorama, rigoureux, intelligent et documenté a deux effets immédiats : l'envie irrépressible de revoir Elle et Lui, et celle de lire ou de relire Les yeux de la momie de Jean Patrick Manchette, lequel est mis pour la première fois à la place qui lui est due : au rang des grands critiques.
Pour finir : une bibliographie flamboyante d'une dizaine de pages, classée minutieusement, et l'exercice classique de la liste des films à emporter sur une île déserte. Qui peut en vouloir à des gens qui avouent ne pouvoir partir sans Two-Lane Blacktop de Monte Hellmann ?

Marie.