Cinémanuel, de Jean-Claude Biette
P.O.L, Collection Trafic

Jean Claude Biette, ancien critique des Cahiers passé à la réalisation livre son journal de l'année 2000, de façon rétrospective puisque ce texte ne paraît qu'en automne 2001.

Intitulé Cinémanuel, l'exercice est bien différent de celui auquel se livre Daney dans son recueil Cinéjournal, puisque la matrice du texte n'est pas constitué d'articles de journaux, mais de bribes qui on le sent n'étaient pas initialement destinés à la publication. De façon symbolique le texte s'ouvre et se ferme avec l'année 2000, mais l'emploi des dates paraît artificiel tant la réflexion parfois un peu sèche, voire austère de Biette semble coupée justement de la vie elle-même. C'est le contact avec la littérature et la musique plus que la vision des films en eux-même, qui alimente sa réflexion sur la création artistique. S'il fait en effet peu mention de films vus en salle, ceux qui sont cités sont surtout vus à la télévision, la lecture, en revanche occupe une place importante dans le texte : que ce soit de Tacite, Vauvenargue ou de Jules Renard. Waverley de Walter Scott lui permet ainsi de s'interroger sur les conventions romanesques, et par un beau détour de venir à l'enfance du cinéma. L'actualité n'apparaît que par bribes : une affiche dans le métro, un article de journal, la projection des Cinéphiles de Skorecki à la cinémathèque, la sélection Cannoise de 2000, l'arrivée du printemps, les nuit caniculaires de l'été parisien.

Si la vie et le monde semblent absent de ce journal, Biette évoque cependant de part en part son travail cinématographique et critique, via la présentation de son scénario à l'avance sur recettes, ou encore la préparation d'un cours sur Bresson, Sternberg, et les Straub qui donne d'ailleurs lieu à de passionnants développements sur ces trois auteurs.

Si en musique Biette penche délibérément vers Debussy et Schoenberg, du cinéma français les auteurs les plus cités sont Pagnol, Guitry, les Straub, Eustache, Pialat. Du cinéma américain on retient surtout les références à Ford, Lang et Hitchcock. A noter la propension coupable de l'auteur à se pencher sur les films invisibles ou méconnus de chaque auteur : les Hitchcock tardifs, House by the River de Lang, La Maison des bois de Pialat.

L'exercice pourrait être ainsi profitable si le lecteur ne se sentait exclu d'une réflexion qui finalement ne fait écho qu'à elle-même. Ressort une impression de frustration due à la brièveté des notes, et à un style souvent opaque à force de concision, qui empêche la rencontre avec l'auteur d'avoir lieu totalement.

Marie.