"If you can't get it right, what's the point ?" Michael Cimino

Final Cut - Art, Money and Ego
Steven Bach
Newmarket Press, New York, 1999

Le 19 novembre 1980, Vincent Canby écrivait dans le New York Times : "Regarder Heaven's Gate ressemble à une marche forcée de quatre heures dans son salon. Le film, conclut-il, est un désastre inqualifiable."
L'extrême agressivité de l'ensemble de la critique américaine à l'égard du film de Michael Cimino conduira plus tard le British Film Insitute à conclure : "les critiques new yorkaises ont assassiné Heaven's Gate." Tentant de trouver les vraies raisons de ce lynchage, Steven Bach évoque le profond désordre du film qui, aux dires même de sa productrice Joan Carelli, était absolument "hors de contrôle". "Une orgie de brillants effets picturaux", longue de 5h25, résume Steven Bach en sortant de la première projection. Sous la pression de ses financiers, Michael Cimino réduira la durée de son œuvre à 3h39, sans parvenir, à en croire l'accueil qui lui fut réservé, à lui donner le rythme et la cohérence qui lui manquait.

La genèse d'une œuvre si controversée fut laborieuse. Michael Cimino en présente le projet aux exécutifs de United Artists en 1978. Cette respectée maison de production, fondée en 1919 par Mary Pickford, Charlie Chaplin, D.W. Griffith et Douglas Fairbanks, partie à la dérive et sauvée des eaux en 1951 par les avocats Krim et Benjamin, est tombée aux mains des "hommes d'argent" de la Transamerica en 1967. Ainsi commence, aux dires des professionnels du cinéma des années 70, "le règne des comptables".
Le budget initial de Heaven's Gate, tel que présenté à Steven Bach, alors chef de production chez United Artists, atteint 7,5 millions de dollars. L'immense prestige de Cimino, né du triomphe de son film The Deer Hunter (Voyage au bout de l'enfer), convainc United Artists d'accepter un projet risqué, qui, d'après les lecteurs du script responsables de la production chez United Artists, voisine dangereusement le western.

Les conflits éclosent rapidement entre un réalisateur intransigeant, épris de perfection, et des managers qui s'avèrent impuissants à contrôler une production monstrueuse, gaspillage sans précédent de temps, d'argent et de bobine.
Aux menaces de Michael Cimino de retirer son film à United Artists pour le confier à une maison concurrente, United Artists riposte par la tentative désespérée de renvoyer le réalisateur. David Lean, pressenti pour la reprise du tournage, refusera un remplacement hasardeux et précipité.
Le 18 novembre 1980, la première de gala devant les professionnels new-yorkais sera le point de départ du "phénomène Heaven's Gate", saga sans précédent diffusée quotidiennement dans la presse, qui disserte sans fin sur les raisons du fiasco et le choix des coupables. La ré-édition du film par Michael Cimino lui-même, et la sortie d'une version écourtée, échouent à sauver Heaven's Gate du flop critique et commercial. A Cannes, où Gilles Jacob sélectionne le film en compétition officielle, Heaven's Gate sera cependant salué par la presse française, qui voit dans l'œuvre de Cimino un "beau spectacle, bien produit et bien dirigé".

Le 6 décembre 1982, la Cinémathèque Française en présente la version intégrale devant une salle comble. Isabelle Huppert l'introduit en dénonçant l'injustice dont l'œuvre a été la victime, espérant qu'un jour, elle sera réparée.

Laura.