Novo, de Jean-Pierre Limosin
Sortie le 25.12.02

Graham est un employé un peu simplet, star de la photocopieuse manipulée par sa patronne et son ami. Pablo est un jeune père de famille espagnol, aimant, dynamique. Un jour, Graham à remplacé Pablo, que sa femme, son fils et son ami, encore lui, cherchent à faire réapparaître. De son côté, Graham a rencontré Irène, dans les bras de laquelle il s'oublie toutes les nuits.
Comme le héros du très surestimé Memento, Graham a perdu la mémoire immédiate. Mais là où le film de Christopher Nolan ne faisait que s'appuyer sur cette fausse-bonne idée pour justifier un thriller facile, Limosin ne fait pas de Graham un chercheur. On apprendra certes la cause de ce trouble, mais elle aurait aussi bien pu, comme la guérison, rester mystérieuse.
Ici, Graham est l'Innocent. Innocent d'abord par rapport au monde, celui de l'entreprise, des trains de banlieue et des caméras de surveillance, comme si tout le monde le surveillait, le manipulait pour son propre profit. Même Irène finit par entrer dans ce manège. Innocent surtout, la belle idée, face au sexe qu'il redécouvre à chaque fois. Et l'on se prend à envier cet homme pourtant complètement perdu, pour sa capacité jamais émoussée à s'émerveiller - voir à ce propos la très jolie scène avec Julie Gayet. Innocent, enfin lorsque nu sur la plage, il garde cette fraîcheur malgré la mémoire qui lui revient.
Critique de la société moderne qui est toujours trop rapide, trop lointaine, Limosin avait déjà réalisé un film étrange, Tokyo Eyes, dans lequel les personnages semblaient dériver, portés par les effets de montage. Toujours présents, ils font entrer le tumulte dans la tête des spectateurs, même si certains de ces plans frisent parfois l'afféterie.

Grégoire.