La Revanche d'une Blonde, de Robert Luketic

Sortir une campus comedy en décembre, aux antipodes de la saison habituelle de reproduction de ces sympathiques mais éphémères petites bêtes peut s'avérer aventureux. La preuve en est que la distribution, trop frileuse, a préféré en masse à La Revanche d'une blonde les blockbusters pré-adolescents de saison, reléguant une des rares copies VO dans une étroite salle de l'UGC Danton, et ce dès la première semaine.
Quand on sait qu'en plus, comme l'indique mieux le titre original Legally Blonde, le film se targue de faire le lien avec le genre souvent casse-bonbons (roses) du film de procès, on peut presque comprendre cette sous-estimation du film. Mais en aucun cas la pardonner.
On commence en territoire (cinématographiquement) connu : une quelconque high-school californienne, son soleil, son campus, ses joueurs de football qui regardent passer ses midinettes blondes, ... Le Delta Nu y est un club très fermé, non pas celui des hellénistes naturistes hardcore, mais une de ces sororities qui regroupe les heureuses habitantes d'un même dortoir des filles. Là où l'inoubliable 100 Girls prenait pour argument les difficultés, pour l'étudiant mâle moyen, à pénétrer ce sépulcre pour y trouver l'élue, la caméra y circule en occupante des lieux (quoi de plus normal, après tout). Cette toute première partie se révèle pourtant un bon ton en dessous de son concurrent direct, hormis pour les prémices d'un aspect documentaire sur les mœurs, toujours aussi insondables, de l'autre moitié de l'humanité. Elle (Reese Whitherspoon) et ses deux copines y rivalisent d'expressions idiomatiques telles le totally déjà caricaturé au début des eighties par Frank Zappa et sa fille Moon Unit (Valley Girl), autres like et consorts. - Il serait d'ailleurs fort instructif d'étudier la version française, mais je doute que la traduction ait réussi à faire passer la moitié de ces hilarantes répliques. - De manucure en shopping, les deux piliers de la lutte contre la morosité, on suit donc Elle dans ces lieux où, le film le confirme, l'on ne pourrait en réalité qu'être considéré comme un intrus ou une apparition.

Une déconvenue sentimentale et un peu d'entêtement nous permettent de rebondir et de nous retrouver à Harvard (Law School). Mais cette fois-ci bien loin des afféteries psychotropo-branchouilles de l'affreux Harvard Story, autre point d'ancrage de notre été obscur et climatisé.
Sortie de son cocon protecteur, Elle va devoir affronter la vraie vie, celle ou les gens sont méchants, la compétition féroce. La comédie discriminatoire, même si elle se fonde sur des gros piliers (l'entrée à la Fac où les seconds rôles, tous aussi chtarbés les uns que les autres, se fondent parfaitement dans le melting-pot intellectuel et où seule la candeur de Elle la distingue) fonctionne très bien. La séquence du bal costumé est le point-clé de l'aspect picaresque du film. On s'assume et on fonce. Dès lors, on peut passer à la seconde moitié du film, à mon avis la meilleure, où l'intrigue judiciaire ne cède pas le pas aux situations comiques. La façon dont est menée l'enquête puis le dénouement du procès, fantastiques de logique et pourtant si surprenants, sont un peu tempérés par la fin moraliste certes prévisible mais toujours un peu décevante, dont le lien avec Heaven's Gate ne passera pas inaperçu.
Au final, sans doute un des meilleurs "films commerciaux américains" de l'année. Et n'oubliez pas qu'il faut vivre votre vie avec passion.
Reese, c'est quand tu veux.

Grégoire.