Le Fils, de Jean-Pierre et Luc Dardenne
sortie le 23.10.02

Plus qu'un itinéraire, Le Fils propose de suivre une personnalité. En l'occurrence, celle d'Olivier, un formateur, un menuisier, un père meurtri, orphelin de son enfant. Confronté au meurtrier de celui-ci, il va faire face au même dilemme que Rosetta qui regarde se noyer celui dont elle convoite le travail : la cruauté " utile " contre la générosité " gratuite ". Mais dès le départ, le choix est galvaudé, car à aucun moment Olivier ne se met tout en entier dans la balance : il est trop complexe, déjà trop " bourgeois ", de par son statut social d'" assis " (même si en l'occurrence il passe son temps debout) et de par les substitutions opérables entre les diverses facettes de son être. (Rosetta a le choix de travailler ou de mourir, alors qu'Olivier a encore une vie professionnelle et sociale après la mort de son fils)
Le duel mental du père contre l'assassin juvénile, ou plutôt l'idée qu'il se forge de l'assassin, n'est pas dénué d'intérêt (on peut y retrouver par moment la suspicion d'Un condamné à mort s'est échappé), mais manque cruellement d'intensité et de clarté, surtout pour parvenir à faire oublier l'agaçante première demi-heure du film, où l'œil se fatigue à suivre une caméra brinquebalante et postée dans des endroits saugrenus.
Dans le fils, l'authenticité la plus rustique se retrouve paradoxalement dans les marges, dans le rapport à la matière et aux objets : le bruit de la scie, l'odeur et la rugosité d'une veine de bois, l'ongle noir d'un mauvais coup de marteau, le rivetage d'un bout de cuir… autant d'objets simples filmés simplement, pour ce qu'ils sont.

Fabien.