Trash, de Paul Morrissey
reprise le 16.10.02

Dans la scène (à prendre ici au sens théâtral du terme tant le film se présente en une succession de moments bien délimités) la plus longue de Trash, Joe Dallessandro est un moment recueilli par un jeune couple qu'il s'apprêtait à cambrioler. Toxicomane, il va se préparer un fix devant ses hôtes qui le jetteront dehors après avoir apprécié la "performance" (sous-titré par "spectacle"). C'est effectivement à une sorte de freak show que Morrissey, issu de la nébuleuse Factory nous convie. Dans une mise en scène minimale, privilégiant l'improvisation et la durée au montage, des "acteurs" bénéficient de leur cinq minutes de gloire en s'inventant devant la caméra leur propre vie rêvée.
Le scénario n'est qu'une trame - la survie de Joe, un junkie et de Holly, travesti qui l'héberge et vit du recel de junk (ordures) - mais s'avère nécessaire pour dépasser les expériences du cinéma-vérité de Warhol, avec Sleep comme paradigme. La vérité est ici tangible : c'est le corps même de Joe Dallessandro, son tatouage, ses veines et son sexe circoncis. Et s'il se met doublement à nu, c'est bien parce que la caméra, sans complaisance et avec humour, alloue à ces paumés suffisamment d'espace pour y vivre. Tant bien que mal.

Grégoire.