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Le Dictateur (The Great
Dictator), de Charles Chaplin
reprise le 16.10.02 Depuis quelques jours, le visionnaire Dictateur de Charles Chaplin est ressorti dans les salles. Premier film parlant du cinéaste, il s'appuie sur l'immuable comique de gestes, et joue à merveille du comique de langage, qui parfois s'apparente à une mixture d'allemand, d'anglais et de syllabes perdues, caricaturant avec une justesse effrayante les discours démagogiques du nazisme. Au delà d'un comique de situation qui fourmille, où Chaplin exerce son extraordinaire naïveté burlesque, le film déborde d'une mélancolie qui n'est pas sans rappeler le ton du Roi et l'Oiseau de Prévert. Tout gauche et emprunté qu'il est, entouré de malfaisants grotesques (Herring, ministre de la Guerre !), le dictateur Adenoid Hinkel, que l'on choisit de montrer presque inoffensif à force de ridicule, caricature une forme de réalité autrement plus sombre. L'exactitude des situations mises en scène révèle d'ailleurs la connaissance que l'Amérique avait alors du drame européen. Et même si le film se termine sur l'accession au pouvoir d'un barbier juif, qui libère d'un discours timide puis enflammé, une nation et toute l'humanité, la mélancolie lancinante laisse à entendre que Chaplin ne croit plus lui-même à l'avenir de son idéal, et, triomphant, renonce. Une satire amère en forme de conte pour enfant, qui s'attira la fureur d'une certaine Amérique. |