Bowling for Columbine, de Michael Moore
sortie le 09.10.02

Doit-on primer un film comme Bowling for Columbine à un festival de cinéma ? C'est peut-être la meilleure question à se poser au sortir du nouveau film de Michael Moore, Prix du 55ème Anniversaire au dernier Festival de Cannes. La dénomination de la récompense apporte déjà une partie de la réponse : l'objet ne peut nullement rentrer dans une catégorie habituelle d'un palmarès, tant il ne procède que d'un art du discours de M. Moore, acteur principal de son film couplé à un certain art du montage quand il endosse le rôle du metteur en scène.
Le film commence sur un mode presque léger, par deux ou trois interview jouissives où le barbu à casquette tourne en ridicule ses interlocuteurs qui ne semblent même pas s'en rendre compte, et enchaîne directement sur les images les plus terribles, celles qui évoquent directement le massacre du Columbine High-School (13 morts). La façon dont il passe de l'évocation de pauvres paramilitaires (rappellant bizarrement dans une séquence les hippies du Summer of Love) aux images tirées directement des caméras de surveillance du lycée provoque bien sûr l'émotion, mais aussi le dégoût d'un procédé si facile.
Par la suite, il poursuit sa thèse sur la "civilisation de la peur", selon le même principe. Montage d'images composites, interviews et pas mal de mauvaise foi - ainsi certains interlocuteurs restent-ils à l'écart des chausse-trappes dans lesquelles Moore aimerait qu'on les voit tomber. La rencontre avec Charlton Heston, président de la NRA, placée en clou du spectacle, est évidemment impressionnante parce que presque inattendue. On ne s'attendait surtout pas à éprouver de la pitié envers cet homme au discours si réactionnaire.

Grégoire.