Intervention divine, de Elia Suleiman
sortie le 02.10.02

Avec cette oeuvre corrosive et contemplative, Elia Suleiman se révèle être une personnalité prometteuse. Intervention divine est une allégorie quasiment muette, qui dans sa première partie observe un petit groupe de Palestiniens dans un quartier sinistre de Nazareth. De mesquines querelles de voisinage ponctuent la triste existence d'habitants désoeuvrés par l'ennui. Avec un regard qui n'est pas sans évoquer Tati ou Iosseliani (voir les séquences du jeune footballeur ou de la fausse baston), Elia Suleiman peint avec ironie mais attachement le quotidien de ses compatriotes désabusés. Des intrusions insolites (un Père Noël poursuivi par une bande de jeunes, des malades d'hôpital soudainement atteints de tabagisme) déconcerteront les spectateurs qui s'attendraient à un traitement réaliste de la question palestinienne.
La seconde partie du film se veut davantage romanesque mais non moins politique ; nous suivons le rituel d'un couple d'amants qui (parce que lui habite Jérusalem et elle Ramallah) ne peuvent se retrouver que sur un parking situé devant le checkpoint séparant les deux villes. Là encore, Suleiman privilégie le silence et la métaphore. Une étreinte des deux mains en guise d'acte sexuel ou un ballon à l'effigie de Yasser Arafat constituent de purs moments d'enchantement et de poésie.
D'aucuns ont émis des réserves sur des scènes parodiques de cinéma d'action, dans lesquelles la belle Palestinienne affronte les soldats israéliens telle une ninja : l'auteur aurait fait une concession trop appuyée à la cause politique. Pourtant, les chorégraphies guerrières sont inventives et attestent du sens de la mise en scène du cinéaste. Intervention divine est donc l'oeuvre d'un artiste engagé qui évite les écueils de la manipulation en préférant les armes de la fantaisie et de l imaginaire.

Gérard.