Vendredi soir, de Claire Denis
sortie le 11.09.02

L'homme moderne est un centaure, mi-humain, mi-automobile. Son unique ambition est de faire participer ses deux extrémités à de gigantesques ruts, intimes et publics.
Voilà donc la matière de Vendredi soir : un embouteillage et une scène d'amour.
La déception, intense, que procure la vision du film n'a rien à voir avec la minceur du récit : dans Beau Travail, Claire Denis avait déjà su substituer à cette anorexie narrative une vigueur suggestive et oppressante du désir exacerbé ; dans Trouble every day, la trame romanesque avait été volontairement déchirée, pour que ces lacunes informatives étendent encore l'aura envoûtante des personnages.
Mais pour Vendredi soir, il n'y a pas lieu d'attendre plus que ce qu'on nous propose : non seulement l'intrigue est petite, mais en plus elle remplit très exactement, très correctement, l'espace qui lui est assigné. Les personnages, sans plus de caractère qu'une quelconque marque de voiture, défilent, indifférents aux uns et autres, comme aux spectateurs. Et c'est terriblement frustrant de la part d'un film de Claire Denis, qui, jusqu'alors, avait fait du désir le moteur de ses films.
Finalement, il ne reste que cet embouteillage inaugural, road movie à un kilomètre/heure, où, ironiquement, les masses de tôles brillent du même éclat qu'autrefois les masses de chair. Là, la photographie, magnifique, d'Agnès Godard, les portraits esquissés d'un coup de caméra, parviennent à attiser l'envie, puis c'est l'enlisement, définitif. Ceux qui aiment Claire Denis ont déjà oublié ce film.

Fabien.