Windtalkers (Les Messagers du vent), de John Woo
sortie le 04.09.02

Quand éclate la première rafale, on sursaute alors qu'une ou deux silhouettes s'affaissent. Dans cette jungle dense, ils n'avaient rien vu venir. Pas plus que nous à l'écran, car si elles laissent majoritairement de côté les ralentis habituels au réalisateur, les scènes d'actions du nouveau film de John Woo pêchent car elles privilégient l'impact à la lisibilité, la durée à l'essence. Quelle est la différence entre un montage rapide esthétique (The Blade, pour reprendre un exemple habituel) et celui-ci, plus proche des derniers films américains (Black Hawk Down) qui fait que l'on s'éloigne ici considérablement du film de guerre tel qu'on l'aime ?

La trame est, pourtant, assez classique. Le caporal Joe Enders se languit de l'action dans un hôpital après que, commandant par intérim, il ait perdu tous ses hommes à défendre une position stratégique. Sa nouvelle affectation ne le renverra pas pourtant directement au front : il doit protéger un radio d'origine navajo. Ou plutôt protéger à tout prix le code qu'il connaît - basé sur ce langage non écrit - des mains et oreilles japonaises.
Craignant l'issue probable, il refuse tout d'abord tout contact avec Yahzee, son protégé. Mais à force de le côtoyer, lui et son courage, il fera plus que sympathiser. D'ailleurs Enders n'a pas vraiment de buddies dans l'escadron, il ne participe pas aux rêves communs sur l'après. Il deviendra finalement un frère, remplaçant en cela l'autre radio, Whitehorse, qu'il aura dû lui même sacrifier.

Comment Woo, récemment immigré aux Etats-Unis, allait-il traiter ce matériau ? Le premier plan post-générique, une bannière étoilée plein champ, fait craindre le pire. Malgré la répétition du symbole et le contenu du film (il s'agit quand même d'oublier les rancoeurs, les origines diverses pour combattre l'ennemi commun) cet écueil est assez largement évité. Même lorsque Whitehorse, peu avant de succomber, sauve le pire redneck de la section d'une mort certaine, on passe suffisamment vite pour que cela ne soit pas pesant.
Si certaines situations rappellent parfois le meilleur de Fuller, l'impression reste quand même que ces scènes creuses sur les relations entre soldats en dehors des combats ne sont que des intermèdes entre les morceaux de bravoure que sont les batailles, alors qu'elles constituent la clé de voûte d'un film comme The Big Red One. Et puisque, dans ces dernières, on préfère le spectaculaire, le ton du film est fixé. Sans être désagréable, il laisse une impression de vague gâchis.

Grégoire.