La Fiancée de Dracula, de Jean Rollin
sortie le 14.08.02

Le monde de Jean Rollin est peuplé de femmes. Goules ou nonnes, vierges ou folles, tout ça, c'est souvent la même chose. Les seuls hommes ne peuvent être que des passionnés : amoureux transis ou professeur à l'affût de l'œuvre de sa vie. Tous naviguent entre l'horreur du thème et l'érotisme trouble des images où des créatures diaphanes aux robes translucides s'échangent du sang comme un fluide sacré.
Dans toute la première partie, qui mène le professeur et son impulsif assistant à la recherche des "Parallèles" cette secte de monstres qui vénèrent Dracula, les codes du genre sont scrupuleusement respectés. Au point que, si l'on ne peut que respecter l'intégrité d'un tel projet en la fin des années 90, l'on est en droit de s'interroger sur la pertinence d'un nouveau film de Jean Rollin. Tout juste si, dans ce couvent de nonnes contaminé par la folie (quelle plus magnifique scène pour un film "bis" ?), le loufoque vient titiller le spectateur.
Mais lorsque les tenants et aboutissants de l'intrigue sont posés et les protagonistes réunis, que l'atmosphère tout à la fois romantique et gore souffle sur les lieux des rituels, la sauce prend (coagule). Les remparts d'un château au lever du jour, ou cette plage de galets où se dresse une imperturbable horloge (le surréalisme n'est pas loin) sont l'occasion de quelques plans d'une classique étrangeté. Brigitte Lahaie, la guest-star du film, ne déçoit pas toute de rouge et de griffes vêtue, mais le final de sacrifice nordique sur fond de marée montante est un régal.
Après tout, que peut-on craindre dans un univers où les vampires récitent des vers de Jacques Bens ? A l'instar du presbytère, le cinéma n'a rien perdu de son charme. Ou si peu.

Grégoire.