Polissons et galipettes, réunis par Michel Reilhac
sortie le 24.07.02

Polissons et galipettes joue d'abord sur un malentendu : en se promouvant sous un aspect naïvement ancien (par le titre, par l'affiche qui constitue la seule image à la fois jolie et montrable), ce recueil d'œuvrettes démarre d'emblée à côté de son seul sujet : la pornographie, crue et salace. Le spectateur, un peu niais, réalise assez vite le décalage dont il a été le jouet, et essaie, un peu honteux d'être là, de trouver un intérêt, un relent littéraire, un peu sadien, un peu apollinarien, à ce déchaînement de chairs pas fraîches. Mais évidemment toute subversion a été soigneusement gommée : cette pornographie-là est rigoureusement identique à l'actuelle. Elle en a la grammaire (plans " gynécologiques " suivis de gros plans sur des visages simulant le plaisir, coprolalie, figures imposées, scènes de groupe…) et elle en a la finalité, celle de servir à un public frustré son substitut de perversion (comme on nous l'annonce, ces saynètes étaient destinés à la salle d'attente des boxons). Aux noms et intertitres drôles à force d'être grotesques (" Eros, la pilule qui vous fait la queue comme un os "), il suffirait d'ajouter une musique vaguement lascive et quelques vagissements bien sentis pour retrouver cette production dans les bacs de son vidéo-club préféré.
Mais après tout, peut-on vraiment crucifier les auteurs de ces opus ? Non : en plus d'être inconnus, ils sont morts, ce qui fait déjà beaucoup. Les vrais responsables sont les promoteurs de ce genre d'initiative, qui, non contents d'exhumer ces vieux cadavres qui ne demandaient qu'à pourrir tranquillement, se permettent d'ajouter des intertitres gaillards et consternants d'hypocrisie, en invoquant dieu ne sait quel intérêt documentaire. Et c'est là qu'est la pire arnaque de Polissons et galipettes.

Fabien.