Lulu, de Jean-Henri Roger
sortie le 05.06.02

Lulu (c'est la délicieuse Elli Medeiros) est un ancien prostitué devenu transsexuel et patronne de bar aux Saintes-Marie-de-la-Mer. Son ancien souteneur (Tony Gatlif et sa gueule cassée) refait surface, exige de l'argent et ne récolte qu'une balle dans le buffet. Au vu de ce synopsis et du parcours de Jean-Henri Roger, ancien compagnon de route, au sein du groupe Dziga Vertov, de JLG, on pouvait craindre une dénonciation un peu pesante de l'intolérance populaire dans un sud dont le climat météo peine à rattrapper l'atmosphère politique. Mais l'action n'est finalement, à part quelques piques envers des journalistes locaux sans scrupules, qu'un prétexte à faire évoluer un groupe d'acteur (et sans doute d'amis) dans un petit périmètre ensoleillé - on poussera jusqu'à Marseille en guise d'excursion dépaysante.

Dès le générique, la voix rauque de Jean-Pierre Kalfon - excellent tout au long du film, comme Bruno Putzulu, la musique de Jacno ou l'image de Renato Berta qui apparaît presque vivante malgré le format froid de la caméra numérique HD - juxtaposée à un lent travelling maritime sur un bras du delta donne le ton. Cet "effet de bande", proche dans un certain sens de la récente Pure Coïncidence de Romain Goupil, fonctionne tellement bien que Roger laisse finalement l'intrigue en suspens lors d'un superbe plan final, à enchaîner directement sur le générique de début des Demoiselles de Rochefort.

Grégoire.