Une pure coïncidence, de Romain Goupil
sortie le 29.05.02

Après un inégal et assez décevant À mort la mort, Romain Goupil revient au cinéma avec un objet singulier, à la fois mémoire, documentaire et film d'espionnage. On y voit, entre deux scènes familiales ou de poker, six amis indéfectiblement liés par mai 68 mener en (a)mateurs éclairés une série d'opérations d'écoute et de matraquage dirigées contre un gang occulte et insaisissable de receleurs d'immigrés sans papiers.
Une pure coïncidence est un film prodigue. Il est animé d'un fourmillement d'idées très vivace qui autorisent des enchaînements fluides et naturels entre des thèmes pourtant peu compatibles : la famille, dans ce qu'elle a de plus tendre et de plus protecteur, et la politique, dans ce qu'elle a de plus cruel. Sans la moindre incongruité, les images accusant les agissements des esclavagistes dans leur repère sont ainsi accompagnées d'une mignonne tête blonde, embarquée elle aussi dans la "caméra-poussette".
La confection d'outils d'enquêtes et d'espionnage à partir d'objet hétéroclite est omniprésente dans la partie investigatrice (et éminemment captivante) du film. A un tel point que les gestes effectués pour élaborer la stratégie d'approche et la mise sous écoute de l'officine des trafiquants d'hommes s'apparentent à ceux d'Un condamné à mort s'est échappé. Mais ici, si on agit pour exister, ce n'est pas dans l'espoir de s'évader soi-même d'une prison, mais dans celui d'offrir aux clandestins la possibilité de recouvrer une indépendance et une dignité sous tutelle. Des clandestins qu'on ne rencontre d'ailleurs pas. Le moteur de l'action doit donc chercher sa source, plus encore que dans le respect humain, dans le domaine de la conscience, entre grandeur des idées et mauvaise bonne conscience passive. Cette volonté de faire quelque chose, alors qu'il n'est plus temps d'échafauder de nouvelles utopies, est au cœur du film, qui aurait aussi bien pu s'appeler Vivre à cinquante ans.

Fabien.