Les Naufragés de la D17, de Luc Moullet
sortie le 29.05.02

Les Naufragés de la D17 est un ami de vagabondage du buissonnier Du soleil pour les gueux, de Guiraudie. Livrés à un paysage immensément nu et perpétuellement travaillé par le vent et le soleil, les personnages de ces deux films errent à la poursuite de chimères ou de dépanneuses, font l'amour parfois, attendent, courent. Si les personnages et l'intrigue de Du soleil pour les gueux s'affichent d'emblée dans l'irréel, Moullet dispose d'une série de personnages très ancrés dans le réel, presque stéréotypés (un conducteur de rallye, des militaires bornés, une étudiante groupie, un berger-satyre…). Mais une fois qu'il les a jetés dans le néant du causse de Majastres, Moullet prend bien soin de les démunir de tout ce qui les définit a priori : qu'est-ce qu'un militaire sans Irakien ? Un champion automobile sans son automobile ? Un observateur sans observatoire ? Et rarement on aura vu un berger aussi pauvre en chèvre et en mouton. A chacun ensuite de prendre la mesure de l'endroit, d'en profiter en se roulant dans la paille quand l'occasion s'en présente ou de s'y éreinter pour des broutilles.
Les naufragés de la D17 vaut surtout pour son humour lunaire et pour la définition de ce lieu aux épines douces et magnifiques, où Moullet l'épicurien plante son transat en n'écoutant pas au loin les rumeurs de la ville. On pourra reprocher un manque de rythme chronique, mais la lenteur n'est elle pas le rythme de la douceur de vivre ?

Fabien.