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Femme Fatale, de Brian de Palma, Beaucoup n'ont vu dans Femme Fatale qu'un vaste foutage de gueule de la part d'un metteur en scène hollywoodien venu en France pour y trouver un surplus de pittoresque. Sans doute trompés par l'alternance chez Brian de Palma des films personnels et des commandes, dont la dernière, Mission to Mars, prêtait dans l'ensemble plus au rire qu'à l'admiration. Femme Fatale est en effet un grand film de liberté. Loin des contingences des studios et des producteurs, de Palma lâche la bride de ses influences et de ses envies, au risque de négliger quelques points essentiels. Le scénario, bien entendu, qui rebute paradoxalement
soit par facilité du retournement soit par trop grande insistance
des symboles. Les affiches "Déjà Vue" qui fleurissent
dans Paris semblent tellement rapportées qu'elles mettent l'accent
sur les autres détails qui, dus au tournage en extérieur,
risquent de dérouter : l'affichage des prix en francs en 2008 était-il
le présage d'un récent premier tour ? Les indices qui accréditent,
a posteriori, la thèse présentée sont pourtant nombreux
tout au long du film. De quoi satisfaire les fétichistes des détails
et des supposées erreurs de raccords. Ce dont on avait l'habitude avec Brian de Palma, c'était un film bien ficelé, avec toujours deux ou trois scènes épiques qui remportaient l'adhésion et faisaient passer le tout du bon au très bon, voir à l'exceptionnel. Le tout saupoudré de références à Hitchcock. La différence principale entre ce dernier film et les précédents est qu'il ne s'agit pas de faire une scène d'anthologie (par exemple dans Grand Central Station (Blow Out ou Carlito's Way), mais une ou deux bobines complètes qui ne laissent pas au spectateur le temps de reprendre son souffle. Le plan d'ouverture en est un exemple parfait. Sur une télévision, une scène de Double Indemnity (Assurance sur la mort, de Billy Wilder), et un reflet qui apparaît, se précisant lorsque la caméra recule, pour embrasser la chambre dans laquelle Laure à demi nue sur le lit, regarde l'écran. survient un grand noir inquiétant en smoking, qui profère des paroles incompréhensibles. Au point que l'on ne se rend compte qu'à l'instant où il ouvre d'un geste violent les rideaux sur le palais des festivals de Cannes, que tout ceci c'était passé en plan-séquence. Moins d'esbroufe (le plan-séquence d'ouverture de Mission to Mars criait à tout instant son statut de tour de force) mais toujours autant de virtuosité. Impression confirmée tout au long de la scène du vol de bijou au cours d'un festival de symboles cinéphiles rythmés par une insupportable resucée du boléro de Ravel. C'est la vision et l'illusion qui sont au cur de ces séquences : écrans de surveillance, caméra endoscopique, jusqu'à l'irruption du générique de Cannes, qui emplit tout le cadre avant d'être vite coupé et remplacé par des visions infrarouges de la panique claustrophobe qui s'empare des festivaliers, tous repris par le rôle de paparazzi d'Antonio Banderas dans la suite. Omniprésence aussi de la spirale, des conduits de ventilation ou des turbines de l'avion, qui renvoient directement aux prunelles de Kim Nowak dans le générique de Vertigo. Hitchcock encore ? Pouvait-on vraiment s'en départir ? Outre une allusion à Psycho dans les toilettes (luxueuses) du Festival, l'influence de Sueurs Froides est essentielle. De Palma va jusqu'à refaire une séquence complète, lorsque Laure épie Lily - dont elle est le double en blonde- , trempée comme si elle venait de (allait) se jeter à l'eau dans une pièce remplie de fleurs, avant que cette dernière n'essaie de se suicider. Mais un Vertigo remonté, dans lequel les scènes rejouées ne mettront justement pas en cause la femme et son double. Le plaisir visible du metteur en scène qui transparaît sur la pellicule lorsqu'il s'amuse de ces références, qu'il étire sans la diluer sa virtuosité sur des durées insoupçonnées surpasse de loin les nombreux défauts que l'on ne peut s'empêcher de noter, et font de Femme Fatale une uvre, sinon majeure, du moins jouissive et décomplexée. |