Parle avec elle (Hable con ella), de Pedro Almodovar
Sortie le 10.04.02

Côte à côte dans une salle de spectacle, deux hommes assistent à une chorégraphie de Pina Bausch. Marco ne peux retenir ses larmes, ce qui provoque chez Benigno, son voisin, incrédulité puis gêne. Loin de l'exubérance des ses génériques période Movida, on pourrait craindre un instant une nouvelle débauche lacrymale, après celle de Tout sur ma mère. Il n'en est rien. Le spectacle de danse est réellement superbe, et lorsque le récit prend son essor, c'est sur un mode (étonnamment) sobre.
Certes, les deux protagonistes se retrouvent à l'hôpital, dans le couloir des espérances perdues. Marco vient d'y amener sa compagne, toréador encornée et piétinée. Benigno y est un infirmier bizarre mais compétent auquel on a confié l'exclusivité des soins à une jeune et belle danseuse elle aussi dans le coma. Mais ce qui intéresse le cinéaste ici c'est, plus que les situations dramatiques, les façons de continuer à cohabiter avec ces corps désormais sans vie. Face à l'incapacité première de Marco de communiquer sa peine, Benigno, qui est lui beaucoup plus (trop ?) à l'aise, lui conseille de parler avec l'inconsciente.
Cette amitié qui se construit entre les flash-back et les rêves, dans une mise en scène brillante dont le pastiche de court métrage muet, inséré quasiment in extenso dans le récit, est un exemple frappant. La pesanteur potentielle du thème et de l'histoire s'évapore presque aussitôt tant est perceptible le plaisir du réalisateur qui convoque artistes et amis pour des scènes qui, bien que très travaillées, respirent un dilettantisme joyeux.

Grégoire.