King Lear, de Jean-Luc Godard
Sortie le 03.04.02

King Lear est un film âpre, à rebrousse-poil. "A Picture shot in the back", comme l'annonce un des cartons qui parsèment le générique et le film tout entier. Un film retourné comme un gant, mettant en scène son propre scénariste Norman Mailer dans deux prises d'une même scène avant que celui-ci ne quitte le tournage quasiment en direct.
Un film tourné dans le dos, par surprise. Issu d'un contrat signé à la va-vite entre un Godard auréolé de films avec des stars (Détective) et une Cannon en quête de crédibilité artistique, il présente une tragédie shakespearienne maltraitée et déconstruite.
Des années après Tchernobyl, la civilisation s'est retrouvée, hormis l'art qui a presque totalement disparu et William Shakespeare Junior V (Peter Sellars) est chargé de retrouver les œuvres de son illustre ancêtre. Il observe pour cela Don Learo, magnat mafieux et sa fille Cordélia, dans un grand hôtel de Nyon. Et rencontre le chaman Pluggy (JLG himself) qui l'aidera à voir les choses à défaut de les nommer.
Vu avec quinze ans de retard, King Lear apparaît dans l'œuvre de Godard comme un virage vers des films plus théoriques, qui nous amènerait jusqu'aux Histoires du Cinéma. Superposant citations, dialogues, images d'archives et musique, mais surtout pas de commentaire, il nous amène à réfléchir sur le pouvoir et la vérité de l'image. Donc du cinéma.

Grégoire.