A l'ombre de la Haine (Monsters' Ball), de Marc Forster
sortie le 20.03.02

On a lu ici et là que le réalisateur, d'origine suisse, mettait en avant sa sensibilité européenne pour justifier ses choix de mise en scène et, éventuellement, le relatif échec commercial outre-Atlantique. Tout pourtant, des cadrages abusant de miroirs dans les coins et de ventilateurs tournoyants aux sentiments exacerbés des personnages, semble recouvert de la patine hollywoodienne.
Hank est le centre d'une famille, gardiens de prison de père en fils et racistes par tradition. Son fils, qui craque lors d'une exécution, finit par se suicider, accablé de reproches paternels. Comme dans le Sud, on sait être vraiment borné, il faudra encore, pour arriver à la tant attendue rédemption (ou du moins prise de conscience), la mort concomittante du fils du condamné, quelques nuits dans les bras de la mère de ce dernier (donc récemment veuve et par ailleurs serveuse dans le coffee shop que fréquente Hank, si ce n'est pas incroyable les surprises que révèlent la vie !) et de lourdingues allitérations symboliques (la prostituée, le sang sur les fauteuils).
Quant à la scène d'amour, sensée représenter ce décalage avec les films américains actuels, elle dénote effectivement, préférant le plan large moche aux caresses en gros plan et lumière tamisée. Peu bandant, et ridicule lorsque les soupirs sont retravaillés à la chambre d'écho. C'est donc ça, l'idée que l'on se fait du cinéma européen ?

Grégoire.