Gosford Park, de Robert Altman
sortie le 20.03.02

La première heure de Gosford Park laisserait croire à un documentaire sur les mœurs décadentes des seigneurs anglais et de leurs domestiques. Aristocrates, bourgeois et artistes (américains !) cohabitent pour le malheur de tous dans le manoir de Sir William (Michael Gambon), riche industriel tyrannique flanqué d'une jolie femme (Kristin Scott Thomas) qu'il exècre et qui le lui rend bien. La vieille tante au snobisme suranné (extraordinaire Maggie Smith), la belle sœur amère, le Dandy mal marié, l'acteur chanteur et le producteur hollywoodien, sont quelques personnages de la fresque satirique de Gosford Park, où les convives sont réunis à l'occasion d'une partie de chasse. Côté service, soumission totale et dur labeur sont le lot quotidien des femmes de chambre, cuisinières, valets et gouvernante aux ordres de la gentry. L'oisiveté grinçante de leurs maîtres et maîtresses, leurs histoires d'amour avortées, sont les distractions d'une classe vouée au service depuis des générations.
Le " double " meurtre de Sir William (dûment empoisonné et poignardé), vient rompre l'équilibre instable et révéler les rouages lugubres de l'intrigue. Magistralement menée, elle nous transporte dans les coulisses de l'apparat où la domesticité, toute pliée qu'elle est, conduit parfois la vie des maîtres. Les destinées s'entremêlent dans ce panier de crabes, au point que le spectateur fera bien de s'accrocher au fil des noms, prénoms et autres dénominations des quelque quinze personnages clés qui peuplent la bâtisse. L'interprétation géniale des protagonistes l'y aidera. L'effort est récompensé par une progression palpitante dans l'univers fascinant de Gosford Park.

Laura.