Distance, de Hirokazu Kore-Eda
sortie le 27.02.02

Le traumatisme initial et la manière d'en faire son deuil est un thème en vogue dans le jeune cinéma japonais, de Kyoshi Kurosawa à Aoyama Shinji. Ici, Kore-Eda, dont on avait raté les pourtant très recommandés Maborosi et After-Life nous place dans le souvenir, encore récent, d'un attentat perpétré par quelques membres d'une secte contre les réseaux d'eau potable de Tokyo. Quatre personnages, vagues connaissances ne cherchant pas spécialement à resserrer leurs liens, effectuent une randonnée dans la montagne pour rendre hommage aux leurs, coupables s'étant suicidés après leur acte. Après un vol (fort peu crédible, mais cela ne nuit en rien à l'intérêt du récit) de leur voiture et une rencontre avec un ancien adepte, revenu lui aussi sur les lieux, ils se voient dans l'obligation de partager avec ce compagnon d'infortune la cabane dans laquelle ce dernier et leurs proches fomentèrent leur forfait.
L'aspect artificiel du montage alterné des tranches de vie des différents protagonistes que le réalisateur nous a imposé au cours du générique (que le film eût été puissant s'il avait débuté par la séquence d'arrivée à la gare !) disparaît alors au profit d'une évocation touchante des images et souvenirs que chacun garde de la catastrophe et des instants qui l'ont précédé, au fil de la veillée et des conversations lacunaires qui la ponctuent, la proximité imprévue ayant mis fin à la langue de bois protectrice dont ils s'étaient auparavant drapés. Comme pour le début du film, on regrette pourtant un retournement final qui éclaire soit trop, soit pas assez les tenants et aboutissants de cette nouvelle comète orientale.

Grégoire.