Amen. , de Costa Gavras
sortie le 27.02.02

L'affiche d'Oliviero Toscani (ancien publicitaire de Benetton), qui métamorphose la croix des chrétiens en croix gammée, jette à la figure du futur spectateur (et des pauvres autres qui n'ont rien demandé) la controverse de l'attitude du Vatican face à la Shoah. Amen. commence comme une grosse machine aux bottes bien cirées. Première heure de lente montée en charge, monotone comme une pendule, ponctuée inlassablement de trains qui filent sur une musique inquiétante. Les deux personnages principaux, le SS Kurt Gerstein (Ulrich Tukur) et le prêtre Ricardo Fontana (Mathieu Kassovitz), empruntent des chemins improbables, valeureux schizophrènes qu'ils sont : le spectateur a ainsi peine à concilier la réaction d'horreur de Gerstein face à la mort industrielle de la chambre à gaz et son ascension volontaire dans les rangs de la Waffen SS. Egalement douteuse, la crise lance-casquettes de l'impassible jésuite Ricardo, ou sa dangereuse véhémence devant le Saint Père.
Malgré l'invraisemblance des personnages et le choix malheureux d'un tournage en anglais, l'intrigue parvient à regagner de l'intérêt dans sa seconde moitié. Faut-il l'expliquer par le recours à des scènes de déportation qui matérialisent l'horreur de la Shoah, touchant le spectateur par une obscénité que le réalisateur s'était jusque-là refusée ? Ou par l'accélération d'un scénario jusqu'ici construit au métronome ?
Dans sa globalité, Amen. , soucieux du traitement d'un sujet aussi difficile, laisse l'impression étrange de ne pas réussir à faire un tout. Apparenté au documentaire, construit sur une fiction complexe, Amen. apparaît comme un puzzle auquel il manquerait une pièce.

Laura.