Laissez-passer, de Bertrand Tavernier
sortie le 09.01.02

Laissez-passer serait à l'occupation ce qu'Amélie Poulain est à Paris : une représentation léchée, un rien mièvre, en harmonie avec les poncifs et les idéaux bien pensants de la majorité. Le cinéaste Jean Devaivre, héros n°1, finit par accepter l'infamie de travailler comme assistant réalisateur à la Continental, firme cinématographique germano-parisienne. Il sauvera son honneur et son âme en oubliant soigneusement de signer son contrat.
Le héros n°2 Jean Aurenche réchappe à la honte par son refus obstiné de toute collaboration avec la Continental, jusqu'au jour fatidique où il signe avec Alfred Greven dans le but élevé de secourir un confrère sans le sou. Mais charité pèse plus lourd que collaboration dans la balance de la Justice.
Derrière ce manichéisme convenu, la trame de fond compose avec humour l'atmosphère de Paris occupé. Désormais les relations amoureuses, amicales et commerciales se fondent sur le bon vieux principe du troc. Lapins, douzaines d'œufs, wagons d'oranges sont monnaies courantes. Sont offerts gracieusement la livre de café, la pince d'écrevisse et le bouquet de roses qu'agrémente un gigot.
Malgré ces fantaisies et une photo impeccable, l'académisme du scénario sabote le plaisir de la narration, et laisse au spectateur un arrière goût d'imposture.

Laura.