La Cienaga, de Lucrecia Martel
sortie le 09.01.02

Avec nonchalance la première séquence s'ouvre sur la chaleur poisseuse d'une journée d'été. Des personnes paressent au bord d'une piscine à l'eau trouble sous un soleil brouillé, quand arrive l'accident : une femme tombe et se blesse. Personne ne semble se précipiter pour la secourir. Une adolescente finit par donner l'alerte mais le mal est fait et c'est avec un malaise déjà installé que le spectateur verra les liens incestueux de deux familles argentines, enfants, chiens et domestiques inclus se déliter sous ses yeux dans la moiteur de cette région des marécages, qui donne son titre au film.
A travers la ronde des désirs et des peurs de chacun, Lucrecia Martel dresse une chronique familiale atypique dans un premier film, qui pourrait tout aussi bien s'intituler Histoires d'eaux, tant l'élément liquide est omniprésent à tous les plans : dans la pluie, la boue ou les reflets glauques de la piscine. Les personnages tentent bien de s'échapper de cette ambiance de décomposition, par le rêve télévisuel comme cette émission passée en boucle qui relate l'apparition miraculeuse de la Vierge, ou par l'évasion, mais à l'image de cette escapade en Bolivie qui ne se fera jamais, aucun personnage ne parviendra à s'extraire de cette atmosphère délétère. Le caractère le plus marquant du film reste le mélange d'onirisme et du réalisme le plus cru notamment dans le traitement physique des matières (voir la scène saisissante de la douche).
L'humour donne sa vitalité au film et constitue un bon contrepoids au pessimisme néanmoins jamais cynique de la réalisatrice. En résulte une œuvre inclassable et attachante, qui détonne un peu dans la morne production actuelle.

Marie.