No Man's Land, de Danis Tanovic
sortie le 19.09.01

Après un bivouac nocturne à portée des lignes serbes, une escouade bosniaque se fait décimer. Le seul rescapé de l'escarmouche se réfugie alors dans une tranchée abandonnée entre les deux fronts, où il sera vite rejoint par un soldat serbe. S'ensuivra entre les deux hommes un infernal jeu de menaces, de coopérations forcées, de haines tribales, qui connaîtra un dénouement tragique.
No man's land ne s'apparente pas à la médiocre production "yougoslave" issue de Kusturica : Tanovic abandonne l'allégorie lourdaude pour s'immerger au cœur du tumulte de la guerre. Cependant, la pénible résonance entre burlesque et tragique propre au cinéma yougoslave resurgit malgré tout et gâte sérieusement l'intérêt du film.
D'une part, la cruauté brute de la guerre va en effet apparaître dans des scènes froidement horribles, quand, au début du film, les combattants bosniaques, encore endoloris de sommeil, admirent la beauté confondante du soleil levant, et dans l'instant se trouvent sous le feu des Serbes.
D'autre part, la majeure partie du film s'articule en une laborieuse et grimaçante dénonciation des absurdités de cette guerre, entre cynismes balkaniques et incurie onusienne. Les multiples traits grossiers (l'officier de la FORPRONU les rangers sur le bureau, la bleusaille serbe à peine digne des Bidasses en folie), le manque de rythme, les enjeux multiples et mal définis transforment toute la partie centrale du film en un cahoteux sitcom de tranchée, dont la fin, d'une brutalité choquante car démesurée, rappelle le choc initial, mais de façon bien tardive.

Fabien.