Violence des échanges en milieu tempéré, de Jean-Marc Moutout
Sortie le 14.01.04

Qui peut bien avoir envie de donner à un film le titre d'une thèse d'hydrodynamique ? Jean-Marc Moutout a pris pour son premier long-métrage ce courageux parti. Celui d'un public mû plutôt par une curiosité attisée que par une phobie scientifique. Celui également qui consiste à souligner d'un trait presque inconscient l'aspect très documenté de sa fiction. Opposant deux mondes, la "vieille" industrie de province et celui des "jeunes" yuppies, Violence des échanges a en effet l'avantage de les présenter tous les deux de façon très juste.

Philippe (Jérémie Régnier) est fraîchement sorti de son école de commerce. Avec son premier emploi au sein d'une prestigieuse firme de conseil et son arrivée à Paris, une ville qu'il ne connaît pas, il entre d'un seul pas dans une autre vie. L'avenir semble lui sourire : Hugo Paradis (Laurent Lucas) une des stars du cabinet, le prend sous son aile pour une mission en province, et il rencontre bientôt la douce Eva (Cylia Malki). Parisienne, indépendante, elle le touche immédiatement. Mais l'éloignement qu'implique cette mission dont les objectifs sous-jacents le répugnent mettent Philippe dans position difficile.

Film d'apprentissage en même temps que commentaire social, le film laisse longuement à Philippe l'occasion de se placer, de choisir entre ses origines, ses sympathies et la carrière dont il a rêvé, pour laquelle il s'est donné tant de mal. Ces hésitations de l'âme, Jean-Marc Moutout les filme avec la même précision posée qu'il n'observe les ouvriers de l'usine. Une minutie qui est aussi celle que souhaiterait Philippe, dont seule l'urgence de sa mission l'empêche de s'intéresser de très près aux travailleurs. Quand il en aura enfin l'occasion, que leur ensemble révèlera une multitude de cas particuliers, il sera déjà trop tard.

Si certains plans rappellent parfois le regard militant des cinéastes des années 70 qui venaient filmer l'usine, la contestation reste sourde, interne. Les consultants ne sont pas spécialement sympathiques, avec leur jargon et leurs incroyables slogans scandés dès qu'ils se retrouvent entre eux, mais Moutout ne force pas le trait et montre symétriquement les querelles internes, les fiertés mal placées qui, dans l'usine, ne font qu'envenimer la situation. Ce que l'on pourrait prendre pour une certaine tiédeur n'est pourtant, comme le titre nous l'indiquait déjà, qu'un salutaire recul.

Jean-Marc Moutout n'essaie pas de juger la société. Violence des échanges en milieu tempéré se contente de convoquer devant nous les témoins, d'appeler Philippe à la barre. Au vu de ces quelques scènes dont la très pertinente musique de Silvain Vanot résume toutes les ambivalences, le spectateur est ainsi appelé à se prononcer sur ce choix que fait Philippe. De choisir, à son tour, entre violence et tempérament.

Grégoire Dubost.