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Monde Vivant, de Eugène Green
sortie le 26.11.03 Le cinéma d'Eugène Green est assurément vivant. Fourmillant même. Songez que dans l'heure et quart que dure son deuxième long métrage (après Toutes les nuits, Prix Louis Delluc du premier film en 2001) on aura croisé une princesse, deux chevaliers, un ogre, un lion, un éléphanteau et j'en passe. On aura également discouru, autour d'un bon bol de bave de limace, de la portée réelle des lois Jules Ferry ou de la praticité de l'amour. Cela paraît confus ? Ca ne l'est pas le moins du monde : Nicolas quitte sa chambrette, ses parents, et s'enfonce, tout droit, dans la forêt. Chemin faisant, il croise le Chevalier-au-Lion qui se rend au château de l'ogre afin de délivrer la princesse qu'il tient prisonnier. Nicolas, que cette même princesse a adoubé entre-temps, essaie de rejoindre son ami pour lui porter secours… Dans Le Monde Vivant, "le souffle de l'esprit est le souffle du corps". Son énergie fondamentale est la parole, celle qui lie et qui libère, capable de faire des enfants ou de ressusciter les morts. Qu'Eugène Green lui consacre cette fable n'est pas une surprise tant la parole de ses quatre jeunes acteurs est au centre de son cinéma. Une parole qui déconcerte au premier abord : très riche de différents niveaux de langue, elle est énoncée avec une certaine affectation par les comédiens sur les visages desquels la caméra s'attarde souvent. Une particularité qui est soulignée par le choix des plans, du montage, qui préfèrent souvent montrer partie du corps plutôt que d'utiliser un plan d'ensemble. Dans la très belle scène de la rencontre entre Nicolas et la princesse, il doit passer par la fenêtre pour la rejoindre. Un mouvement qui se scinde en deux plans sublimes, celui des pieds de Nicolas qui quittent le sol, puis sa main qui vient se joindre à celle qui l'attendait à la fenêtre. On ne peut s'empêcher de songer au travail de Robert Bresson, l'atmosphère chevaleresque du conte nous évoquant immanquablement Lancelot du Lac. Malgré la fragmentation de l'image, leurs méthodes, notamment sur le dialogue, ne sont pas identiques. Mais les deux cinéastes poursuivent de concert une quête de la vérité du plan. Une vérité qui, pour Green, est cette force dont se parent les images dès lors que la parole les investit. Avant la course de la fin de l'année, faites-vous un cadeau et allez respirer l'air du Monde Vivant. Il est "super frais", garanti. |