Kill Bill vol. 1, de Quentin Tarantino
Sortie le 26.11.03

Kill Bill vol. 1 est le quatrième film de Quentin Tarantino comme le proclame haut et fort le générique. Outre qu'elle semble accrédité a posteriori la dualité du projet – initialement conçu comme un seul film, il sera, pour des raisons que l'on préfère ne pas connaître, à la fois quatrième et cinquième – cette annonce pose le problème du statut de Tarantino. Réalisateur rare mais culte dès son deuxième film, son crédit n'aura pas été entamé par le relatif échec de Jackie Brown. Qu'en sera-t-il après les deux épisodes de Kill Bill ?

Il est le récit de la vengeance sans merci d'une tueuse blonde, Black Mamba, qui a miraculeusement survécu au massacre perpétré par ses anciens complices du Gang des Vipères Assassines lors de son mariage. Mariage en blanc, mais mariage sanglant, puisqu'elle est froidement exécutée par le dénommé Bill dont on ne découvrira, durant ces deus premières heures, que les bottes et les mains. Elle émerge quatre ans plus tard d'un long coma pour découvrir qu'elle a été prostituée à son insu dans son sommeil par un infirmier véreux, qu'elle trucide – ainsi que son "client" – avant de partir en chasse, avec cinq noms sur sa "Kill List".

Plutôt qu'en termes de réussite ou d'appréciabilité, la question que l'on se pose devant Kill Bill est celle de la distance. Distance du réalisateur à son film, qui induit celle que devra adopter le spectateur. Le point de vue myope, premier degré, sont interdits d'emblée par la structure du film, série de chapitres temporellement éparpillés, comme par son aspect (alternance de couleur et de noir et blanc, incursion soudaine du manga). Le déchaînement de violence sans fard qui en constitue les morceaux de bravoure aurait rendu cette position difficilement soutenable.

Tout le film de Tarantino s'inscrit dans la référence, celle du boulimique qu'il est envers ses petits plaisirs gourmands : le manga donc, ainsi qu'un large éventail de séries B tardives, de la Blaxploitation et la violence urbaine pour l'exécution domestique de Copperhead au film de sabre extrême-oriental pour toute la seconde moitié du film qui se déroule au Japon. Sans oublier le western européen qui, s'il ne se voit pas attribuer de scène complète – peut être dans le deuxième épisode – reste omniprésent notamment à travers la sonorité des thèmes musicaux.

Tous ces genres bénéficient ici d'une relecture attentive. Avec un souci permanent d'efficacité visuelle, Tarantino adapte leurs codes qu'il connaît par cœur. Mais pousse toujours à l'extrême la situation : de la scène de bataille contre des adversaires multiples, qui a lieu comme il se doit dans une taverne (comprenez un club) il tire une cavalcade gore avec centaines de figurants. Quant au combat final, il est lui, après une minutieuse préparation, réglé en une passe d'armes.

Cette démesure met mal à l'aise. Pour en revenir à la question de la distance, la frontière entre l'hommage et le pastiche est bien mince. D'autant que le scénario, lui aussi exagération d'une interminable série de films sur la vengeance, ne justifie plus, ici et maintenant, un tel film. Certains se réfugient dans l'ironie, des ricanements finissant immanquablement par saluer chaque fin de scène. Tarantino lui, affirme à qui veut l'entendre que ce n'est pas là son propos. En attendant le vol. 2, on a bien du mal à décoder celui-ci.

Grégoire Dubost.