| Variété
Française, de Frédéric Videau
sortie le 19.11.03 Le titre s'avère ambigu. Malgré la présence de Jacno au générique (et au thème musical), le deuxième film de Frédéric Videau, sa première fiction après Le Fils de Jean-Claude Videau n'est pas vraiment pop. C'est à peine si Edith (Hélène Fillières plus enchanteresse que jamais) évoque quand elle demande à sa sœur si son cavalier sera "le brun qui se prend pour Bashung" ou "Polnareff jeune". Il faut dire qu'avec des parents comme les leurs (Jacno donc, et Dominique Reymond, superbes tous les deux), grands bourgeois de province, on les voit mal s'être trop trémoussées sur le Top50 dans leur jeunesse. La "variété", il faut plutôt la chercher cde ce côté-là, entre Eric (Frédéric Videau lui-même), fils d'ouvrier qui rentre au pays pour épouser la belle Edith, une fille bien au-dessus de sa classe. Les préparatifs battent leur plein, ils s'aiment passionnément. Voyez son visgase s'illuminer au son de ses pas sur le gravier. C'est lui, c'est son chéri ! Pourtant Eric se sent en porte-à-faux. Chez Edith, il rentre par derrière, et délaisse sa chambre de la maison familiale pour dormir chez ses grands-parents. D'autant plus que celle-ci est envahie de cartons. Le père, qui construit seul une nouvelle demeure à l'écart de la ville, a décidé de hâter le déménagement. D'ailleurs il dort déjà depuis plusieurs jours sur le chantier, et il annonce d'emblée à son aîné ce que sa femme et son cadet ne savent pas encore : la première maison est déjà vendue, et lui a quitté le matin même son travail à l'usine. Le lendemain, la mère et le frère d'Éric ont disparu. Le père ne semble pas s'en inquiéter. Éric part à leur recherche, emmène bientôt avec lui la fiancée de son frère, se voit lui même poursuivi par sa promise… La fiction s'emballe, le film a d'un coup, sur un seul rêve, une vision, basculé dans le fantastique. Gérard Meylan, très présent dans le rôle du père, reste la pierre d'angle, celle à qui Éric, qui lui noue une un amour très fort, essaie de se raccrocher tout en sachant qu'elle peut s'avérer glissante. Videau appartient à une certaine tendance du jeune cinéma français, l'une des plus emballante de ces dernières années. Il a ainsi collaboré aux scénarios des derniers films d'Alain Guiraudie ou des frères Larrieu. Son talent lui permet de mêler habilement les genres, et d'exploiter efficacement son environnement. Ni chronique de jeune couple, ni "scène de la vie de province", le film utilise plutôt que ne documente la ville d'Angoulême. Elle est parcourue le plus souvent à pied, parfois en courant, mais reste très découpée, les lieux ne paraissant pas immédiatement reliés aux autres. Le spectateur en conçoit une forte impression, sinon de la géographie, du moins des distances. Distance physique, distance sociale, distance que l'on a envie, instinctivement, de prendre avec la carcasse du "château", le chantier encore sans porte ni fenêtres, silhouette inquiétante, comme dotée, la nuit venue, d'une vie propre. Lieu privilégié de la relation entre le père perdu et son fils préféré, elle devient à son tour personnage, auguste oracle d'un très beau film. |