Intolérable cruauté (Intolerable Cruelty), de Joel Coen
sortie le 19.11.03

Depuis Miller's Crossing, les frères Coen (Joel à la réalisation, Ethan dans l'ombre) se sont fait une spécialité de retravailler à leur sauce de grands thèmes classiques du cinéma américain. Au risque de tomber dans une certaine routine : O'Brother n'apportait pas grand chose si ce n'est une mise en avant d'une musique du Deep South américain, et The Barber avait la beauté d'un hommage poli mais ennuyeux. Avec Intolérable cruauté, ils s'attaquent à un genre phare de la période faste de la comédie américaine : la comédie de remariage.

Vicieux comme ils sont, ils nous présentent plutôt une "comédie de re-divorce". C'est en tout cas dans le milieux très fermé des avocats matrimoniaux qu'elle se déroule. Créateur d'un super-contrat de mariage jamais encore mis en défaut, Miles Massey en est le premier de la classe, le golden-boy des prétoires où il aime s'exposer, le sourire à la fois affable et carnassier (après la gomina de O'Brother, il est cette fois-ci affublé d'une obsession dentaire). Il se trouve rapidement confronté à celle que l'on se contentera d'appeler Marylin tant elle tend à accumuler les noms de famille comme autant de trophées de chasse. Sa spécialité : collectionneuse de pensions alimentaires. Carnivore donc, elle aussi, même si elle essaie de le cacher derrière le dédain de ses lèvres serrées.

Un sujet brillamment construit, un milieu glamour et un casting plaqué or, les Coen risquaient, avec ce sujet qu'ils n'avaient à l'origine pas prévu de réaliser, un nouveau film plaisant mais mineur. Si Intolérable cruauté ne se révèle pas un nouveau chef-d'œuvre, ils évitent cependant de loin cet écueil. Grâce, notamment, à leurs deux stars, George Clooney et Catherine Zeta-Jones dont les excès de cabotinage réciproque provoquent une alchimie salvatrice : ils n'ont jamais été aussi beaux, jamais aussi bons.

Si l'on n'évite pas non plus l'aspect disparate qui permet de placer les copains (Billy Bob Thornton, immuable) et de bizarroïdes séquences oniriques, Joel et Ehan Coen s'en donnent à cœur joie dans la satire d'un monde qui, aussi inaccessible qu'il nous paraît n'est pourtant pas si loin de nos préoccupations quotidiennes, à savoir, le couple, la morale, l'amour. Le mieux reste d'en rire.

Grégoire Dubost.