| Deux
Anges, de Mamad Haghighat
sortie le 19.11.03 Depuis longtemps le passeur privilégié du cinéma iranien en France, également propriétaire du "Quartier Latin" à Paris, Mamad Haghighat est parti tourner son premier long métrage dans son pays d'origine. Il conte l'histoire d'Ali, jeune garçon d'une quinzaine d'années qui se heurte à l'autorité de son père. Celui-ci est un croyant fervent qui veut inscrire son fils à l'école coranique. Leurs relations ne s'arrangent pas lorsque Ali se découvre un amour pour la musique à travers le Nêy, une flûte traditionnelle en roseau. Pour son père en effet, la musique est un péché. Deux Anges est un film naïf et touchant. Longtemps, la fiction entamée par un flash-back qui ne laisse que peu de doutes quant à son dénouement reste en-deçà de l'intérêt plus documentaire du film, situé dans une "ville sainte" de province dans les années 1990. Souvent d'ailleurs, les scènes "dramatiques", c'est-à-dire qui servent directement à la progression du récit, sont entrecoupées d'inserts qui les replacent perpétuellement dans un environnement beaucoup plus large et général. On s'attarde aussi, au gré des détours des personnages et dans une humeur proche, sur le travail de boulanger ou le marché couvert. Le film nous séduit donc d'abord par la connaissance qu'il nous donne de l'Iran contemporain, mais nous agace parallèlement lorsque, dans les longues scènes à l'intérieur du sanctuaire, on assiste impuissants à la confession du père d'Ali, coincés que nous sommes derrière cette grille rutilante, incapables à cet instant de "sentir" la réalité. C'est en quittant avec l'enfant sa ville natale que l'on atteint un autre niveau. Certes, on entre alors dans une histoire classique d'apprentissage (musical et sentimental) peu original en soi, mais Haghighat le sait et ne cherche pas à le dissimuler : les plus belles scènes du film auront lieu à l'intérieur même de l'école de musique. Cette première vision enchanteresse de "la classe des filles" au son délicieux des "Dafs", ces larges percussions semblables à une pleine lune qu'elles effleurent de leurs deux mains est d'une sensualité que les autres séquences entre Ali et son amie Azar, toutes réussies qu'elles soient, n'approcheront plus. Longuement cantonné à une horizontalité qui obsède le cinéaste, Deux Anges prend son envol, après un happy end qui déçoit, dans une explosion de joie et de liberté. |