| Mister
V., de Émilie Deleuze
sortie le 12.12.03 Comment filmer l'animalité, cette zone interlope entre instinct et l'intelligence ? C'est la question qu'Émilie Deleuze se pose tout au long de son second long métrage, Mister V., qui prend le nom de son personnage principal, un canasson teigneux. Quel statut a, pour la caméra, un cheval capable de tuer d'une ruade son propriétaire, mais aussi de communiquer physiquement avec le frère de celui-ci, qui reprend l'élevage ? Le frère, c'est Lucas, chercheur à l'INRA interprété par Mathieu Demy qui décide avec sa belle-sœur de garder le cheval, coûte que coûte. Car ils savent tous les deux que l'infortuné Luigi avait décelé en Mister V. d'incroyables qualités. En revanche, seul Lucas connaît le secret de l'arnaque à l'assurance dont la bête devait être l'objet, afin de rembourser des dettes contractées auprès d'un sombre personnage. Mais cette intrigue "humaine" ne sert qu'à justifier la fascination de Deleuze pour son acteur chevalin, qu'elle filme souvent au plus près de sa robe sombre, de son œil immense. Des plans desquels sourdent une étonnante puissance alors que lorsqu'elle le présente "en pied" avec force ralentis, la magie n'opère pas. Devant ce demi-échec, on peut reprocher à la réalisatrice d'avoir trop subordonner l'humain à l'animal. Pourtant, l'érotisme trouble qui se dégage de l'excellente Aure Atika confine aussi à l'animalité. |