The Matrix Revolutions, de Andy & Larry Wachowsky
s ortie le 05.11.03

A quoi cela sert-il de critiquer le troisième volet de Matrix ? Ses aficionados l'ont sans doute déjà vu, et plutôt deux fois qu'une. Et si certains voulaient satisfaire une soudaine curiosité, on se contentera de souligner que Revolutions n'est en rien une entité, mais bel et bien une suite du deuxième épisode : l'univers y est d'autant plus obscur que plus rien n'est exposé, ni expliqué. Un jeune spectateur a eu beau essayer d'expliquer à sa compagne apparemment néophyte les imbrications cosmologiques des différents niveaux de la matrice, celle-ci s'est rapidement trouvé décrochée, à en croire ses incessants murmures interrogatifs.

Il convient de s'inquiéter de cette tendance à la "feuilletonisation" des objets cinématographiques. Après l'inflation de la durée moyenne des longs métrages distribués en salle, le commerce tend à utiliser au maximum la captivité d'un public tout entier acquis à la cause de ces grosses machines. Matrix, film unique à l'origine se voit donc adjoindre deux sequels. Le Seigneur des Anneaux, conçu dès le départ comme une trilogie, pour respecter à peu près le format littéraire, n'est même pas la somme de ses trois épisodes, mais de leurs trois "versions longues" jamais – pour l'instant – diffusée dans le circuit classique. On ne peut que craindre que la dichotomie imposée pour des raisons de production à Kill Bill de Tarantino soit du même ordre.

Pour revenir à l'épisode lui-même, il délaisse en grande partie ce qui était intéressant dans ses deux prédécesseurs, à savoir les scènes matricielles, où Neo, Trinity et Morpheus investissent un monde apparemment terrestre, au profit des coulisses de la Matrice (ces couloirs vides aux multiples portes) et à la "réalité" de Zion menacée par l'attaque des Machines et de leurs implacables sentinelles dont les tentacules en forme de tuyaux de douche sont acérés comme des scalpels. Moins de baragouinage pseudo-mystique également, pour laisser plus de place à l'interminable séquence de bataille qui voit les humains perdus d'avance se battre avec bravoure. Impeccable sur le plan technique, notamment dans l'abondance d'effets spéciaux de qualité, cette bataille n'a, à l'image du film, que bien peu d'humanité à offrir.

Grégoire Dubost.