Les Sentiments, de Noémie Lvovsky
sortie le 05.11.03

Fatigué de sa vie de médecin de province, Jacques (Jean-Pierre Bacri) décide de quitter son cabinet pour un poste à l'hôpital. Il prépare à sa succession François, jeune diplômé parisien, à qui il a également proposé de loger dans la maison qui fait face à celle qu'il occupe avec sa femme Carole et ses deux enfants hyper-méga-top-cools. Après avoir sympathisé avec Carole, Edith, la jeune femme "un peu" fofolle de François va redonner à son voisin gros et moche du désir de vivre. Ou, comme on disait jadis, des sentiments.

Contrairement à l'acception généralement intime de son titre, rien dans le nouveau film de Noémie Lvovsky n'est en demi-teinte. Les costumes toujours chatoyants, les décors trop travaillés, la présence constante la chorale qui surligne chaque évolution des personnages par des vocalises colorées et rapidement insupportables, tout concourt à faire des Sentiments un film outré. Dans un contexte où tout est dit et souligné, le secret de la liaison entre Bacri (qui depuis Une femme de ménage semble ce faire une spécialité de séduire les jeunettes) et Isabelle Carré (qui ne cesse de minauder que dans les scènes, heureusement nombreuses, où elle se retrouve dénudée) ne peut durer.

Le film, jusqu'alors une comédie parfois drôle mais aussi décousue que le sketch présenté par les enfants aux deux couples ravis, bascule dans le tragique, puis la nostalgie. La fin en forme de double statu quo – replâtrage hâtif de chaque couple, retour à la case départ – souligne de fait la vacuité du propos. Que veut donc nous dire Lvovsky ? Que tout le monde souffre un jour, mais que la vie continue, parce que l'on mettra toujours des chemises marrons à pois roses ? Pourquoi pas, après tout. On est néanmoins en droit d'attendre mieux de la réalisatrice du très beau Petites/La vie ne me fait pas peur.

Grégoire Dubost.