| Un
film parlé (Um filme
falado), de Manoel de Oliveira
sortie le 15.10.03 Depuis quelques années, chaque nouveau film de Manoel de Oliveira est la promesse d'un moment vrai passé en la compagnie d'un vieil homme dont le talent à raconter des histoires n'a d'égal que la variété de celles-ci. L'idée de suivre une nouvelle fois la superbe Leonor Silveira, véritable égérie du maître, au long d'une croisière entre Lisbonne et Bombay ne pouvait que nous séduire. Elle est Rosa Maria, jeune professeur d'Histoire à l'Université, qui part avec sa fille de huit ans rejoindre son mari et profitant du voyage pour visiter et présenter à la très curieuse Maria Joana ces lieux qu'elle ne connaît que par ses lectures. A chaque escale sa visite, sa rencontre, sa légende. Toujours, une nouvelle étape dans la construction des civilisations, qui expliquent pourquoi Rosa Maria et sa fille sont portugaises, catholiques romaines, démocrates. A chaque escale aussi sa scène de départ et ses nouveaux passagers, surtout des femmes, surtout célèbres. Invitées à sa table par le capitaine, américain lettré, polonais d'origine et curieux sinon polyglotte, la réussite sociale (Catherine Deneuve), la beauté (Stefania Sandrelli) et l'artiste (Irène Papas) dissertent de l'amour et de la marche du monde. Chacune dans leur langue, créant temporairement l'illusion d'un nouvelle Tour de Babel, d'une parfaite union entre les peuples et les civilisations. Rosa Maria est invitée, le lendemain, à les rejoindre. Le miracle se reproduira-t-il ? Pour reprendre le titre de l'un de ses précédents
films, c'est (beaucoup de) Parole(s) et (pas mal d')Utopie.
La dialectique itinérante du savoir que l'on confronte a la réalité
(les lieux) et au bon sens (l'enfant) fatigue assez vite, d'autant plus
qu'on ne sait trop à qui s'identifier. De plus, alors qu'elle prend
d'ordinaire son essor dans des lieux clos et répétés,
comme les demeures du Val Abraham ou du Principe de l'Incertitude,
la mise en scène de de Oliveira, confrontée à des
ruines trop théâtrales pour qu'elle puisse les fixer longtemps,
perd de sa beauté. |