Les Jours où je n'existe pas, de Jean-Charles Fitoussi
sortie le 08.10.03

On ne saura jamais où et pourquoi le jeune Antoine part avec ce vieil homme, à peine un encore plus vieil homme enterré. Ou plutôt si : ils partent pour l'un de ces voyages qui forment la jeunesse.
Comme ils ne sont attendus "qu'après-demain", l'homme (Luis Miguel Cintra) a le temps de lui conter une longue histoire, celle d'un homonyme, un autre Antoine. De sa voix qui égrène les syllabes dans un débit envoûtant (et rappelant en cela ses apparitions chez Oliveira, notamment au début du Principe de l'incertitude), il nous rapporte comment, mort à quatre-vingts ans, celui-ci n'en vécut que quarante. Antoine (Antoine Chappey) ne vit qu'un jour sur deux : tous les soirs, à minuit pile, il disparaît pour se rematérialiser, dans le même mouvement, vingt-quatre heures plus tard.
Comment ne vivre que la moitié du temps ? Peut-on rattraper les jours perdus ? L'amour de Clémentine, d'abord soutien, va devenir une charge, un poids mortel pour les deux amants. Fable presque fantastique mais furieusement actuelle, qui retournera au cimetière comme pour se ressourcer, filmée dans un format survivant (1.33:1) qui lui permet une recherche sur la photographie (avec notamment de belles visions de Paris), le film de Jean-Charles Fitoussi a parfois un peu de difficulté à se démarquer de nobles influences (Oliveira, mais aussi les Straub dont il a été assistant) dans le découpage ou le travail littéraire sur les dialogues. Peut-on réellement le lui reprocher ?

Grégoire.