Hero, de Zhang Yimou
sortie le 24.09.03

Zhang Yimou a sans doute pensé, lors de la conception de son film, à Ashes Of Time, la fresque épique et indescriptible réalisée il y a près de dix ans par Wong Kar-Wai, dont il a engagé, outre Maggie Cheung et Tony Leung les deux acteurs principaux, le chef opérateur australien Christopher Doyle. Cependant, il avait sans douteplus en tête des succès plus récents, de Matrix à Tigre et Dragon, tant la différence est importante.

La question que pose le film, au-delà du discours politique du "continental" Yimou qui choisit d'adapter une légende justifiant guerres et annexions au nom de la grandeur d'une nation, est celle de la persistance du "film de sabre" au temps de l'hégémonie numérique. En attendant l'adaptation par Kitano de la série des Zato-Ichi pour nous prononcer définitivement, le pronostic vital est, au vu de Hero, très pessimiste. Expliquons-nous.

Hero est une interminable succession de combats opposant à tour de rôle, par le truchement d'un scénario simpliste, toutes les stars du générique. La progression est digne d'un jeu vidéo dit "de baston" où le joueur affronte, l'un après l'autre, des adversaires toujours plus forts, dans des environnements caractéristiques. On commence dans un vieux temple battu par la pluie, on finira au beau milieu d'un désert rocheux. Partout souffle le vent qui fait flotter les étoffes dont s'affuble ces maîtres de guerre, amplifiant chaque passe d'arme, prolongeant le geste en unralenti vestimentaire.

Le seul crédit que l'on peut porter à Zhang Yimou est sa recherche perpétuelle d'une esthétique totale qui oublierait le dénuement asiatique pour le remplacer par un baroque hypertrophié où les détails comptent d'autant plus qu'ils sont nombreux, et visibles. Que la technologie numérique exacerbe jusqu'à l'écœurement, multipliant les tourbillons de feuilles mortes, transformant deux guerriers en hirondelles qui se poursuivent au dessus des eaux tranquilles d'un lac, ou obscurcissant le ciel de milliers de flèches qui s'envolent de concert.

Le cinéma, celui que l'on aime tout du moins, n'est pas qu'un art visuel. Or en ne cherchant qu'à en mettre plein la vue au spectateur, Zhang Yimou crée un film plein d'images, de couleurs, mais sans un gramme de cinéma. Sans vie, quoi.

Grégoire Dubost.