Depuis qu'Otar est parti, de Julie Bertucelli
sortie le 17.09.03

Depuis qu'Otar est parti, Eka espère chaque jour une lettre de son fils. Quand le téléphone coupe, elle attend patiemment, assise à proximité, qu'il la rappelle, en pestant contre ce capitalisme qui oblige un médecin à travailler au noir, à Paris, sur les chantiers.
Depuis qu'Otar est parti, Marina en veut à son frère. Seule a soutenir le foyer en vendant tous les jours aux puces les objets qu'elle peut trouver, elle supporte mal qu'il reste, comme toujours, le fils préféré, celui autour de qui tout tourne encore.
Depuis qu'Otar est parti, Ada rêve en secret de rejoindre son oncle en France. Délaissant les garçons et les flâneries de son âge, elle s'adonne avec sérieux à ses études de français à l'université.

Assistante d'Otar Iosseliani sur Brigands, Chapitre VII (1997), le dernier film qu'il ait tourné en Géorgie, Julie Bertucelli lui doit sans doute la découverte de ce pays sur lequel elle apporte un regard plus sombre. Du centre-ville, on ne voit presque rien, le cadre ne prenant de l'ampleur que lorsqu'on s'en éloigne, vers ces faubourgs tristes et délabrés, ou sur ces collines environnantes que seule vient égayer une multitude de chiffons multicolores, souhaits un jour formulés, probablement oubliés depuis.
La ville, chez Julie Bertucelli, possède une voix. Parce qu'elle n'est pas filmé seule, elle résonne des opinions de ceux qui l'habitent. Bertucelli évite le regard documentaire sur Tbilissi, mais aussi les clichés touristiques sur Paris que, dans la dernière partie du film, les trois femmes visitent à la recherche de l'absent. Un voyage aussi inutile – on sait qu'elles ne le retrouverons pas, jamais – que nécessaire. Pour que la vie continue. Pour redonner à ces trois femmes, à leurs relations qui sont le vrai héros du film, toute l'intensité de l'espoir.

Grégoire Dubost.