Twentynine Palms, de Bruno Dumont
Sortie le 17.09.03

Bruno Dumont a, en deux grand films tournés à Bailleul dans le Nord, posé les jalons d'un cinéma intense fondé sur un sens aigu du cadre et de la durée du plan. Ca n'est donc qu'une demi surprise de la voir s'enfermer, en compagnie d'un homme et d'une femme, dans une voiture au milieu du désert californien.

Lui est cinéaste, ou photographe, on ne sait pas bien, en repérages. Elle l'accompagne, parce qu'ils s'aiment. Depuis peu, ou depuis trop longtemps, tant leurs passions explosent dans la violence, leurs orgasmes comme leurs engueulades.
Lui c'est David Wissak. Elle, Katia Golubeva, aussi mystérieuse et désirable que chez Sharunas Bartas ou Claire Denis. S'ils gardent leur prénoms, c'est que l'intérêt de Dumont n'est pas dans leurs personnages même, mais dans ce qui les relie. Ce qui l'intéresse, c'est cette plongée du couple dans un environnement hostile, comment malgré les rednecks qui les insultent et le soleil qui les brûle, ils continuent à vivre, à se taire, à faire l'amour.

Lors de l'un de leurs premiers arrêts, au milieu d'un champ d'éoliennes, David s'arrête pour les écouter tourner. L'intimité dans Twentynine Palms passe d'abord par le son, par cet espace sonore qui, en toutes circonstances, reste au plus près des deux amants. Dans le cocon de leurs passions contradictoire, détachés du monde extérieur, ils s'y confronteront avec autant de retard que de violence.

De Zabriskie Point (Antonioni) auquel on pense beaucoup à de nombreux autres road movies, Bruno Dumont puise son inspiration dans les mythes américains tels que le cinéma qu'il aime les lui a renvoyé depuis des années : grands espaces, barrière de la langue, sexe, violence. Moins convaincant que nombre de ceux-là, Twentynine Palms permettra sans doute à son réalisateur de s'affranchir de ses références et de s'ouvrir à d'autres horizons. Après cette traversée du désert, on l'attend avec impatience de l'autre côté.

Grégoire Dubost.