| Dirty
Pretty Things (Loin de chez eux), de Stephen Frears
sortie le 03.09.03 Certains titres sont meilleurs que d'autres. Le film de Stephen Frears s'en voit affublé de deux pour sa distribution française. Le premier est le titre original, assez mystérieux ("De sales jolies choses" ?), que tout le monde, public compris, semble avoir adopté face à une traduction bien audacieuse en "Loin de chez eux". On s'en félicitera car, bien que la douloureuse (le mot est faible) situation que le film exploite soit parfaitement réaliste, ce titre accentue l'écueil du dénigrement systématique de la société occidentale contemporaine que le film n'évite pas totalement. Loin de chez eux, le monde est vraiment trop dégueu, donc. Mais qui sont-ils, "eux" ? Ce sont les
obscurs, les sans-grade, souvent sans-papiers, d'une métropole
londonienne. Mais ce sont aussi les gentils. Okwe est un médecin
nigérian contraint de travailler de jour en taxi, de nuit en réceptionniste.
Il n'a pas de papiers, et pas de logement, et squatte sur le canapé
de Senay, une jeune réfugiée turque en attente de régularisation,
mais interdite de travail. Elle fait donc, au noir, les ménages
dans le même hôtel, qui par ailleurs héberge le ballet
des putes jamaïquaines, sous les yeux du portier russe. Le seul dont
on sait qu'il est "régulier", reste un immigré
chinois, ami d'Okwe et concierge de la morgue d'un hôpital. Le film n'est heureusement pas qu'un fresque sociale
comme les cinéastes anglais se plaisent à peindre, et si
l'on peut regretter cette systématisation, c'est qu'il quitte assez
rapidement le terrain du conte moral pour se concentrer sur une intrigue
de thriller à rebondissements. Une plongée au cœur
– c'est le cas de le dire – du trafic d'organe à l'équation
simple (un rein = un passeport) qui emballe un récit parfois sanglant
jusqu'à son final qui se pare de teintes de guimauve. |