| Mods,
de Serge Bozon
sortie le 25.06.03 Ceux qui ont déjà croisé Serge Bozon dans les milieux cinéphiles parisiens l'ont sans doute remarqué, par son débit rapide et son apparence vestimentaire, sans toujours savoir qu'il fait l'acteur dans une certaine tendance du jeune cinéma français (Civeyrac, Fitoussi). Ceux qui auront désormais la chance de voir son deuxième film, long métrage de tout juste une heure, repéreront au moins sa personnalité éclectique et son sens pointu de l'esthétique. Deux jeunes hommes, militaires de leur métier, entrent dans l'espace d'un campus universitaire. Ils y ont été appelés par Anna, gouvernante très dix-neuvième siècle de la maison où leur frère Edouard s'anémie, frappé d'un mystérieux mal. Comme par un tourbillon (ou serait-ce par le chignon d'Anna dont seules quelques mèches sont autorisées à s'échapper), ils vont se voir happés, leur espace se réduisant de plus en plus, le phénomène culminant dans un huis-clos de quarantaine. Serge Bozon nous propose un film-spirale. Une spirale qui, on l'a vu, circonscrit petit à petit l'action au plus proche de la chambre qu'Edouard, mutique dans son pyjama rayé, ne quitte plus. Une spirale qui a la propriété de nous mener tantôt à droite, tantôt à gauche, de la cafétéria à la terrasse, des piétinements d'une enquête aux entrechats de chorégraphies fragiles. Et bien entendu spirale du vinyle sur lequel étaient gravés ces morceaux dont l'évidence pop contaminent le film. Des mods, mouvement de jeunes prolétaires anglais qui, à la fin des années soixante, ne juraient que par leurs tenues impeccables et la musique noire de la Motown, on ne garde finalement que le titre, imparable, et les apparitions répétées de "quatre garçons dans le plan" (Jean-Claude Biette), idoles immobiles de l'imagerie rock et commentateurs laconiques de l'action. La musique, impeccable, qui s'insinue jusque dans le cadre, est celle de la vague garage par laquelle les adolescents américains répondaient à la british invasion menée par les Beatles et les Kinks. Dans les morceaux compilés pour le film (et le disque qui accompagne sa sortie), la simplicité des compositions est le vecteur de la pénétration de la musique dans le champ de la caméra. Ce sont d'abord quelques silhouettes qui s'ébrouent et s'écroulent le dos aux arbustes, sous l'œil de nos deux militaires qui succomberont à leur tour, inversant les rôles pour se retrouver eux danseurs devant leur frère inerte. Cette découverte de leur corps, non plus rigide comme l'était leur allure, mais alerte, préfigure la solution de l'énigme qui, comme dans un de ces romans d'apprentissage dont il semble friand, viendra par en la présence d'une femme, sous une brise nocturne. |