Va-et-Vient (Vam e Vem), de João Cesar Monteiro
Sortie le 18.06.03

Au moment d'entamer son dernier film, João Cesar Monteiro sait qu'il ne lui survivra pas. Peu de cinéastes ont été confrontés à cette situation et bien moins encore l'ont surmonté. On se souvient de Johan van der Keuken, qui, à l'annonce de la sentence, fut pris d'une frénésie de voyage et de pellicule. Vacances prolongées sortirent deux mois à peine avant son décès.

Monteiro n'est pas documentariste, mais s'est toujours mis lui-même en scène. Son ultime personnification se fait sous les traits de João Vuvu, qui va et qui vient dans la ville de Lisbonne, profitant des bus au fond desquels il affectionne de s'installer. On l'imagine, lorsqu'il se retourne, faire des grimaces aux conducteurs qui oseraient le suivre. Ces pérégrinations sont l'occasion de vivre ses derniers fantasmes, avec une galerie de jeunes filles toutes plus belles les unes que les autres que le soleil vient délicieusement dénuder, et de régler ses comptes avec son alter-alter-ego Jean de Dieu ou avec George W. Bush.

Comme a son habitude, Monteiro fait preuve d'un sens aigu du plan. Chaque scène, très souvent composée d'un plan unique, est minutieusement cadrée et chronométrée, et exhale un doux burlesque souligné par des dialogues savoureux. Pourtant, on a longtemps l'impression qu'outre le plaisir qui émane du cadre, il manque au film un liant que le retour du fils sortant de prison manque d'apporter.

Qu'aurait-on pensé de ce film, s'il n'avait été le dernier ? Si l'arrivée de la mort elle-même, sous les traits d'une prêtresse vaudou aux attributs surdimensionnés, ne l'avait définitivement fait basculer dans la chronique, plus grotesque que morbide, d'une agonie ? Probablement qu'il n'est pas son meilleur, quoique peut être le plus nécessaire. Car quand, profitant une dernière fois de son physique nosfératuesque, Monteiro désacralise par avance les hommages qu'on lui portera dans une séquence en noir et blanc début de siècle, on sait que, de son banc ensoleillé, il continue à nous regarder. Et sans doute à rigoler.

Grégoire Dubost.