Abouna (Notre père), de Mahamat-Saleh Haroun
sortie le 19.03.03

S'il n'est pas aux cieux, le père de Tahir et Amine a bel et bien disparu, un beau matin, comme nombre de tchadiens abandonnant femme et enfants pour chercher l'aventure, ou au moins du travail, ailleurs. Désorientés, les deux frères en profitent pour faire leurs 400 coups, jusqu'à s'introduire dans la salle de cinéma locale pour y subtiliser la bobine dans laquelle ils ont aperçu le fugitif. Placés dans un école coranique par leur mère qui ne peux plus assumer, ils tentent de s'évader, pour rejoindre ce rivage photographié sur le poster qui leur a été envoyé du Maroc, sur lequel on les imagine s'élancer.

Mais malgré ces correspondances, Abouna n'est pas un remake tiers-mondiste du film de Truffaut. L'intrigue permet surtout de lier ces scènes de la vie quotidienne dans la province tchadienne. Comme de coutume dans le cinéma africain, il s'agit surtout d'un cinéma du plan, qui dans un montage simple et entrecoupé de noir, prend le temps de respirer autour des personnages. On pourrait sombrer dans un ennui poli, mais au détour de l'apparition solaire d'une jeune fille en robe orangée, ou d'une procession funèbre, le vernis du recul ethnographique s'estompe et laisse parler ce corps même de ce qu'il recouvrait.

Toujours sinistré, le cinéma africain peine à se faire voir, et surtout à se démarquer du genre majoritaire associé aux rares cinéastes qui s'exportent jusqu'ici (Abderrahmane Sissako par exemple). Dans ce contexte, et malgré quelques réserves, la distribution de Abouna retse une bonne nouvelle. En attendant le bonheur ?

Grégoire Dubost.