Chicago, de Rob Marshall
Sortie le 26.02.03

Party Girl (Traquenard, de Nicholas Ray) n'est pas un film musical. Il commence pourtant, comme Chicago, qui se revendique lui musical, sur une scène qu'investissent des girls toutes de strass vêtues. Convoquer le chef-d'œuvre qu'est Party Girl pour juger l'aimant à oscars que constitue Chicago peut paraître hors de propos, n'eût été l'amour immodéré que lui porte le rédacteur.

Qu'est-ce donc qui différencie ces deux films, et qui fait qu'à nos yeux du moins, Party Girl est bien plus proche du musical que Chicago ? Dans le premier, le numéro musical qui nous présente Cyd Charisse en meneuse glamour est bouclé en trois, peut être quatre plans. La danse est intelligible, les corps se laissent appréhender par l'œil gourmand car la caméra ne fait que nous inviter gracieusement à un tout premier rang que nos finances, d'ordinaire, ne nous permettent pas d'atteindre. Pour Rob Marshall et son film à grand spectacle, il faut contenter tous les spectateurs. Celui qui se rêve danseur, ou musicien, comme celui qui préfère rester au bar et regarder de loin. Résultat ? Un montage frénétique qui ne laisse absolument rien voir. Toujours, un spectateur plus grand, un manche de contrebasse ou les cuisses d'une de ses partenaires réduisent en amorce notre champ de vision et nous gâchent celle de Catherine Zeta-Jones (Velma Kelly). Arrêtée au dernier accord (elle vient de flinguer sœur et mari), celle-ci sera bientôt rejointe en prison (de femmes) par Roxanne Hart, une paumée qui rêve de scène en s'envoyant le bellâtre représentant qui la mène en bateau - bien qu'il atteigne seul l'autre rive du Styx.

Est-il besoin d'aller plus avant ? Précisons juste que Rob Marshall, qui n'a sans doute pas vu Caged Heat ou les films de Jesus Franco, ne fait que rester fidèle jusqu'au bout à une simple idée - faire rêver en danse (comme on peut rêver "en musique") ses personnages. D'un côté, donc, l'intrigue médiatico-judiciaire, de l'autre, toujours en montage alterné, les "performances" du trio d'acteur dont il nous est bien précisé qu'ils interprètent eux-même leurs numéros (ça s'entend plus que ça ne se voit - montage oblige). Mais un film n'a pas de jarretière où glisser dix dollars. On reste donc bloqué devant ce programme fort peu émoustillant.

Grégoire Dubost.