La Fleur du Mal, de Claude Chabrol
sortie le 19.02.03

Nous sommes dans la région bordelaise. Une famille, les Charpin-Vasseur, est réunie pour la première fois depuis longtemps autour d'un café. Et se désagrège après la divulgation d'un tract qui remue leur histoire pour discréditer Anne, candidate aux municipales. Quand restent seules les deux autres femmes de la famille, un discret mouvement d'appareil les enferme derrière les fins barreaux d'une cage à oiseaux, comme déjà prisonnières d'un secret qu'elles ne partagent pas encore.
Un signe qui corrobore la pesanteur de l'atmosphère de cette bourgeoisie de province dans laquelle Claude Chabrol navigue à vue. Il filme souvent au plus près des visages, comme pour vérifier l'étonnante capacité de "ces gens-là" à faire bonne figure, en toute circonstance. Jusqu'au point de rupture, quand le whisky se vide d'un trait et que le masque tombe.

La réussite de La Fleur du Mal, c'est de rendre limpide et drôle le drame labyrinthique et incestueux d'une famille qui, n'assumant pas le meurtre du père, se voit contrainte de reproduire ad vitam aeternam les même schémas depuis des générations. Chabrol s'appuie pour cela sur des comédiens tous excellents, qui se tiennent perpétuellement au-delà d'un réalisme fade et huilent les mécanismes de sa mise en scène sophistiquée. On en oublie alors une construction temporelle du récit un peu facile (les flashs-back sensitifs de la Tante Line) pour goûter, un peu plus longtemps, à cette fleur défendue.

Grégoire Dubost.