Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can), de Steven Spielberg
sortie le 12.02.03

Animations en ombres chinoises et musique entraînante, le générique de Catch Me If You Can annonce la couleur. En quittant le futur et ses lourdes interrogations sur l'humanité (A.I., Minority Report), Steven Spielberg se pose sur les sixties avec comédie.

Comédie du paraître, elle s'ouvre sur un jeu télévisé dont le but est de démasquer le véritable escroc parmi les trois candidats, bouclant la boucle de la success story d'un jeune homme qui, pour camper ses différentes identités, s'est abondamment inspiré de pellicule - avec plus ou moins de réussite, comme lors de sa première plaidoirie. Jusqu'à se retrouver, aujourd'hui, exposé devant les spectateurs, imitateurs potentiels à leur tour, surtout lorsqu'ils apprennent par le dernier carton qu'après s'être illégalement fait passer pour professeur, pilote, médecin ou avocat, Frank William Abagnale JR. se transforme en vrai consultant du FBI, payé plusieurs millions par an.

Comédie de l'outrance également. Celle du jeune Frank qui apparaît dans les premières séquences, proches de l'inadaptation sociale, incapable de maîtriser ses émotions, l'admiration pour son père ou le désarroi face au divorce de ses parents qui le pousse à s'enfuir, pour se réfugier dans ses mensonges. Outrance des situations aussi, le personnage interprété par Leonardo DiCaprio reprenant souvent à son compte la leçon jadis passée par Antoine Doinel selon laquelle le mensonge passera d'autant mieux s'il est énorme. Sa stupéfiante fuite hors des Etats-Unis au nez et à la barbe d'une centaine d'agents fédéraux à ses trousses, en est emblématique. Spielberg s'amuse de ce terreau fertile .Il prend un goût certain à reconstituer une époque à laquelle lui-même, enfant, devait être plein de rêves (les a-t-il réalisés ?). Ainsi, il se joue des scènes obligées, transformant les agents du FBI en Men in Black mâtinés de Blues Brothers. Tom Hanks en oublie même son habituelle bonhomie.

Chauvins que nous sommes, on digère plus mal le tableau accablant qu'il fait de l'administration française. Pourtant, ni ces scènes "exotiques" ni le montage qui propose la juxtaposition comme unique lien sémantique, ne nous fait oublier la bonne nouvelle que Christopher Walken, impeccable en vieil employé des postes, nous apporte : c'est le meilleur film de Spielberg depuis longtemps.

Grégoire Dubost.